À mains nues – Amandine Dhée

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À mains nues, sans autres armes que le poids de ses mots, sans fards mais avec urgence, sans interdits mais avec humour, sans jugement mais avec discernement, Amandine Dhée examine la place et la portée du désir dans l’existence d’une femme – aujourd’hui en couple et maman – à travers ses âges, de l’enfance à la vieillesse. Un désir mouvant et agité, bridé par un carcan social, entravé par le doute, bousculé par des habitudes, contrôlé par sécurité, déstabilisé par ses balbutiements, enflammé troublé fascinant libérateur mystérieux… Des moments de vie, des passages obligés, des chemins de traverse, des couloirs parallèles, l’autrice parle tout à la fois de son personnage d’elle-même de nous sous le prisme d’une époque en mouvement. On se surprend au détour d’une phrase à acquiescer, à sourire, à soupirer dans une empathie totale – en sororité. Une résonance bienvenue et bienveillante. « Être soi », n’est-ce pas toutes ce vers quoi nous tendons? Sortir de sa zone de confort, de ses incertitudes, de ses scrupules, briser l’armure, oser, « extirper (son) désir à mains nues »… Un désir qui bat la mesure d’une vie dans son entièreté, évoluant avec la société – éducation, famille, engagement féministe, émancipation, mouvement MeToo, relation aux autres, égalité homme-femme, modèles, clichés, fantasmes, publicités… -.

« Le jour des règles est une déflagration intime. Elle appartient à un camp, son corps lui a dit. Cela mériterait un feu d’artifice, un jour férié, une fanfare en bas de son immeuble. (…) Cette fois, ça embraye. Elle a enfin des poils sous ses aisselles, sur le pubis, et là, victoire, ces deux renflements promettent des seins. Elle passe de longues heures à s’observer nue dans le miroir. »

« Au début, elle fait semblant de ne pas voir que ça tiraille. Mais elle manque. Sa faim immense, impossible à contenir, à dissoudre dans le couple. Peu à peu, le mythe se fissure, le vernis s’écaille. La normalité ne tient pas ses promesses. »

« J’ai cessé de confondre mon désir avec celui des autres. Ce n’est pas toujours facile. J’ai tellement eu l’habitude de faire plaisir, de ne pas décevoir les attentes, de considérer ce qui serait moral… Il m’arrive encore de me noyer. J’ai besoin de m’arrêter quelques secondes et de me poser la question : qu’est-ce que tu veux, toi? Je laisse alors retomber ce qui trouble mon eau et j’extirpe mon désir à mains nues. »

« On s’évalue, on s’argus. Elle se demande combien elle vaut. Ils sont nombreux, nombreuses, planquées derrière leurs paillettes du samedi soir, à conjurer leurs doutes et leurs chagrins. »

« Est-ce que j’élève mon enfant comme un garçon? Certes je ne lui interdit pas de pleurer et ne lui achète pas de mini-pistolet à pompe, mais je me méfie de ma complaisance face à son agressivité, à sa façon d’occuper l’espace, d’exiger. Une mission que j’aimerais au moins accomplir : qu’il sache entendre un non. »

« On aurait voulu que ce soit la seule chose pas programmée, justement.  Que notre désir échappe aux agendas, qu’il soit sauvage. Que le sexe s’invite, s’impose, bouscule le programme. Le bon sexe, celui qui surgit. Comme avant, se jeter l’un sur l’autre, laisser la peau décider. »

À mains nues, roman? Essai? d’Amandine Dhée, éditions La contre allée, janvier 2020 —

6 commentaires sur “À mains nues – Amandine Dhée

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