Rendez-vous à Colombo – Sarah Malartre

colombo

Dans son bureau, ils passent et repassent, jour après jour. Ils s’installent face à elle, et déroulent leur vie, tourmentée cabossée, leur tristesse, leur souffrance au quotidien, leur incompréhension devant ce monde qui ne tourne pas rond,  leur solitude et le manque de leur famille restée ou disparue au pays… Leur espoir d’obtenir le droit d’asile en France. Eux, ce sont Monsieur Firmin, Nour, Pierre-Félix, Fatou, Issa, Awa, Oksana, Amir, Sohrab, Zied, Germude, Singuila… des hommes des femmes qui viennent de Kinshisa, du Liban, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan, d’haïti, d’Ukraine, de Syrie… Elle, c’est Nina, juriste. Avec attention et bienveillance, elle les écoute raconter leur histoire, relève le moindre détail, et retranscrit le tout à la première personne. Le portrait ainsi dessiné, précieux, doit refléter au plus juste la réalité de chacun. Car il en découle pour ces réfugiés un avenir meilleur, une protection pour eux et leurs enfants. Voilà des années que Nina accueille les confidences ; de mots de regards de gestes de larmes aussi. Mais pour la première fois, elle sent qu’elle vacille. Sa vie est en train de voler en éclats. Dans le même temps, elle se sépare de son fiancé et apprend la maladie de son père. Infiniment triste et inquiète, épuisée et désarmée, Nina est bouleversée. Ses failles, ses blessures à elle sont-elles de taille à affronter celles de ces hommes et ces femmes qui défilent dans son bureau? La douleur intime et la souffrance universelle peuvent-elles cohabiter? Comment vaincre cet équilibre instable?
Un premier roman sensible, tantôt léger tantôt grave.

 » On ne sait jamais dans une histoire d’amour quel baiser sera le dernier. Si on pouvoir choisir le dernier baiser, on s’appliquerait, on essaierait de lui donner toutes les couleurs de l’amour qu’on a partagé, on y mettrait de la passion, de la chaleur, de la tendresse en mémoire de tous les moments merveilleux qu’on a vécus. »

« Je rampe et toute la nuit je somnole, me réveille, pleure de douleur, change de position pour calmer le feu de toutes ces aiguilles qui me torturent. C’est la face caché du déni, on peut faire sortir tout ce qu’on veut de notre tête, ça trouvera toujours à se loger dans le corps. »

« Ma tête est lourde, je ne sais comment exister dans ce monde abominable, comment vit-on chaque jour, comment respire-t-on, comment mange-t-on, comment rit-on, comment fait-on l’amour, comment fait-on des enfants quand on étouffe sous toute cette horreur? Quand on est écrasé sous les génocides et sous la haine? (…) Je cherche constamment, la réponse s’échappe, insaisissable, impossible, je chercherai toujours. »

« Je je je. J’écris ce qu’Awa raconte à la première personne. J’écris ce que tous racontent à la première personne. Je je je. À force d’écrire je, ces histoires deviennent les miennes. Je suis eux, tour à tour, puis tous en même temps. J’ai vécu des centaines de vies, toutes plus tragiques les unes que les autres, j’ai vécu dans des dizaines de pays, je connais le nom des avenues, je peux dessiner les quartiers. j’ai tout vu, tout entendu, tout ressenti. Je sais tout des hommes et de l’horreur qu’ils cachent en eux. Ces vies, je les transporte partout, elles se rappellent à moi la nuit et mes rêves se font cauchemars. »

Rendez-vous à Colombo, premier roman de Sarah Malartre, Mercure de France, janvier 2020 —

3 commentaires sur “Rendez-vous à Colombo – Sarah Malartre

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