L’Estrange Malenventure de Mirella – Flore Vesco

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Le Moyen-âge est une période de l’Histoire que peu de gens apprécient, enfin je parle pour moi et mon entourage… et bien Flore Vesco a réussi à capter mon attention en quelques phrases seulement. D’abord par la langue – un savant mélange de vieux français, de mots et tournures affabulés -, savoureuse et joueuse à souhait, on plonge instantanément et profondément dans le Hamelin du 13 ème siècle, gris et sale, ne fleurant pas toujours bon, où la triste misère côtoie l’opulente bourgeoisie, où les enfants livrés à eux-mêmes travaillent pour survivre, où l’on chasse les sorcières et les lépreux… Puis par l’histoire du célèbre Joueur de flûte de Hamelin, complètement réinventée qui, sous la plume de l’auteure prend de la couleur, de l’épaisseur, du rythme, de la fougue, des sensations, des turbulences… Un souffle différent venant particulièrement de la belle et charismatique Mirella, quinze ans, orpheline, porteuse d’eau. L’empathie est immédiate. Car Flore Vesco esquisse une jeune fille d’une grande modernité. D’ailleurs la résonance avec l’époque actuelle est flagrante tout au long du roman. Ainsi, comme dans le conte, les rats envahiront la ville, la peste sera dévastatrice, un joueur de flûte arrivera, mais la suite sera toute autre… La mort personnifiée fera une entrée fracassante contrée par  la flamboyante téméraire et bienveillante Mirella.

Un roman truculent et étourdissant, une galerie de personnages haute en couleur, une bonne dose d’ironie, beaucoup d’intelligence et de pertinence, un style épique, et une héroïne – magicienne – inoubliable!

« Au commençailles du mois de juillet, le soleil décida qu’Hamelin ferait une rôtissoire idéale. Il semblait qu’une douche de feu vous tombait sur le crâne dès que vous mettiez le nez dehors. Aux heures les plus chaudes, les braves habitants restaient à l’ombre, endurant vaillamment cette insufférable chaleur. Mirella courait donc en plein cagnard afin d’apaiser le gosier de tous ces assoiffés, occupés à fondre derrière leurs auvents clos. À chaque arrêt, elle trempait sa main dans son seau, baignait son front et sa nuque, puis repartait abreuver cette ville qui s’étiolait. »

« Au Moyen Âge, on craignait les teinturiers, qui osaient colorer le monde en une carnation différente de celle que Dieu avait imposée, et maniaient pour ce faire des drogues, filtres et poisons. L’acte de teindre s’appelait alors l' »infectur », car on infectait le tissu avec des pigments. « 

« L’air était bondissant et guilleret comme une comptine à sauter les marelles. Dans cette ville où les morts tombaient comme des mouches, où la peur avait fermé les auvents et paralysé les habitants, la chanson de Mirella souleva une petite bise follette et libératrice. Le fossoyeur partit d’un grand rigolement. Les enfants sortirent de leur torpeur, se mirent à rire elles aussi, tant que les larmes leur venaient aux yeux, en longs flots impossibles à tarir. Mirella cessa de chanter et regarda avec soulagement les petites qui fondaient. Voilà un torrent qu’on pouvait endiguer, et qui mieux valait que le fossé asséché où elles étaient enfoncées tout à l’heure. »

L’Estrange Malaventure de Mirella, roman de Flore Vesco, à partir de 11ans, collection Medium, L’école des loisirs, avril 2019 —

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