Home Sweet Home – Antoine Philias et Alice Zeniter

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En 2008, la crise des subprimes touche douloureusement Cleveland, dans l’Ohio. Des dizaines de milliers d’habitations sont saisies par les banques, les propriétaires étant dans l’incapacité de rembourser leur prêt. Toutes ces familles d’origine modestes auxquelles on avait donné l’opportunité d’accéder à la propriété grâce à des crédits à long terme, se retrouvent à la rue suite à la hausse des taux. L’économie de la ville – et du pays entier – est gravement bouleversée.

De nombreux enfants et adolescents sont livrés à eux-mêmes, surtout dans le quartier de Slavic Village. Leurs parents, dépassés, défaillants, paumés les délaissent. Certains prennent la fuite, fuguent… C’est ainsi qu’Anna et ses petits frères Chris et Bog, Elijah, Oliver, Shark, Dalila, Dean, Lily, Luka, Zhou trouvent refuge à Winston Higt, un lycée abandonné. Ensemble, ils se soutiennent. Loin des adultes, ils réapprennent à vivre. À leur façon, hors de la société de consommation, de l’argent, de la possession, ils envisagent un nouvel horizon en prenant en considération les erreurs de leurs parents. Les difficultés ne manquent pas, les désirs frôlent l’utopie mais la petite bande est soudée, audacieuse et déterminée.

À l’écart du « Vaste bordel », ils vivent de petits larcins et de système D. Créent des ateliers pratiques, échangent leurs idées, transmettent des savoirs et des savoir-faire. Mais leur indépendance est fragile, les sorties à l’extérieur sont rares. Il leur faut sans cesse faire attention, se cacher. Leurs parents sont-ils à leur recherche? Et si la police les trouve, que se passera-t-il? Est-il possible de réinventer un avenir en vivant en vase clos? Est-ce vraiment ça, la liberté?

Puis voilà qu’un jour débarquent à Winston d’autres jeunes gens… Est-ce une aide ou une menace?

Écrit à quatre mains, ce roman se déroule sur une année « scolaire » et prend la forme d’un journal alternant principalement les voix d’Anna et Elijah, chacune s’exprimant à la première personne du singulier. Une construction narrative singulière qui apporte à l’histoire une grande empathie. Le lecteur est happé par le quotidien de ces enfants et de ces adolescents. Un roman prenant et profondément humain.

« Chaque fois que j’ouvrais le News Herald, j’espérais y découvrir un avis de recherche avec une photo de ma tronche et le témoignage de mes parents morts d’inquiétude. Je ne voulais pas qu’on me trouve mais j’aurais bien aimé qu’on me cherche. Devant toi, je faisais genre de m’en foutre, que c’était nous contre le reste du monde. (…) Mais à la nuit tombée, les doutes finissaient toujours par me rattraper. »

« Ce que je voulais, c’est qu’on soit une zone sans violence : il fallait que les garçons désapprennent ce qu’ils croyaient savoir de leur supériorité sur les filles, qu’il arrêtent de se balader en bande comme si les espaces n’appartenaient qu’à eux, il fallait que les riches désapprennent  ce qu’ils pensaient avoir de plus que les pauvres. « 

« Une ville en crise – j’ai découvert en mars 2009 – c’est toute une chaîne humaine qui rouille. C’est, par exemple, des fonctionnaires que la ville ne peut plus payer, donc des services qui ne sont plus rendus à la population. Permanence de mairie, cuisine de cantines, ramassage de déchets, cours du soir, élagage des arbres, plus rien fonctionnait correctement. »

« Mes parents, comme presque tous nos voisins, s’étaient ruinés pour devenir propriétaires parce qu’on leur disait que c’était ce qu’il fallait faire, que c’était ça l’Amérique : une joyeuse armée de possesseurs de maisons, de champs, de bagnoles, d’armes, tout ce que vous voulez… « 

 » Anna : (…) Les gamins se sentent plus en sécurité ici que dans leur famille. Les liens du sang, c’est pas une garantie d’amour, vous savez. On parle de gosses battus ou oubliés dans les coins. De gosses privés d’école à cause de la crise. Vous aussi vous seriez venue vivre ici si tout ce qu’on vous offrait dehors c’était le chômage, les dettes ou des placements en centre d’accueil. Agent Foster : Vous faisiez quoi, ici. Anna : On était ensemble. »

Home Sweet Home, roman d’Antoine Philias et Alice Zeniter, dès 13 ans, collection Medium +, L’école des loisirs, mars 2019 —

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