Cupidon a des ailes en carton – Raphaëlle Giordano

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Il est bon, parfois, de faire un pas de côté. Lire un bouquin qu’on n’aurait pas forcément choisi à cause de sa couverture rose et de son titre sucré. Le genre de livre qui oscille entre la fiction et le développement personnel. J’ai donc dépassé mes a priori et me suis laissée porter par les réflexions sur l’amour et le couple qui s’égrènent au fil des pages avec ses joies, ses désillusions, ses difficultés, ses défis.

Meredith, la trentaine, est intermittente du spectacle. Un travail adoré mais précaire. Une passion dévorante mais exigeante. Son souhait le plus cher est de rassembler un public plus large, ce qui est loin d’être aisé dans ce milieu. Son manque de confiance en elle semble la freiner. Idem pour sa relation amoureuse avec Antoine. Elle l’aime à la folie mais une sensation de malaise l’envahit souvent lorsqu’ils sont ensemble dans des soirées et autres cocktails – Antoine a réussi professionnellement, connaît beaucoup de gens, a de l’argent… -. À ses côtés, elle, la petite comédienne obscure ne se sent pas légitime… et se pose de fait de nombreuses questions sur son avenir avec lui, sa capacité à l’aimer, sa place dans leur couple… Pour aimer, ne faut-il pas déjà s’aimer soi-même? Elle a l’impression de n’être qu’une esquisse d’elle-même, une imposture. Et pour se révéler à elle-même, à Antoine, au public, il lui faut cheminer intellectuellement, physiquement, moralement.

Ainsi, du jour au lendemain elle décide de partir. S’éloigner d’Antoine pour mieux le retrouver. Ce dernier reçoit cette résolution avec étonnement et inquiétude mais accepte le défi. Durant six mois, Meredith sera en tournée avec Rose son amie, de Paris à Lille en passant par Marseille, et Londres… Un périple professionnel et personnel. Appliquée, elle consignera observations, découvertes, réflexions et évolutions sur un grand carnet, le « Love Organizer ». Jour après jour, elle mesure son « amourability », sa capacité à aimer, et écrit un spectacle de « seule en scène ».

Un roman plein de fantaisie, d’amitié et d’amour. Malgré des invraisemblances et quelques passages doucereux, j’ai passé un moment agréable. Les personnages sont bien croqués, la construction narrative efficace – Meredith Rose et Antoine livrent leur point de vue en alternance au fil des chapitres -, les changements de lieux au gré des villes sont en osmose avec le cheminement intérieur des personnages. Il y a donc dans ce livre un côté théâtrale – une mise en abyme -, qui est vraiment intéressante.

« Une plaque me révèle le nom du créateur : Bruno Catalano, Les Voyageurs. Je n’arrive pas à détacher mes yeux des œuvres et reste plantée, à les contempler, en partance moi aussi, dans une rêverie solitaire. Quelque chose m’interpelle dans ce travail. Peut-être parce que, comme eux, je me suis lancée dans un drôle de voyage, en laissant une part de moi-même derrière moi? Je reste fascinée par l’effet visuel produit. L’artiste est parvenu à matérialiser du vide. Extraordinaire. Comme s’il avait réussi à rendre visible pour l’oeil une impression aussi floue que la peur ou le manque… « 

« Cependant, n’est-ce pas absurde de prétendre qu’on peut aimer sans avoir nul besoin de l’autre? Bien sûr qu’on a besoin de son autre! Comme toujours, la vérité se trouve sûrement dans un juste milieu. À quel moment est-on dans le besoin sain, normal, nécessaire de l’autre? À quel moment sommes-nous rattrapés par nos propres dysfonctionnements et basculons-nous dans le « trop »? Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est le « vide » qui crée le « trop », l’attitude « trop » : trop en demande, trop en pressions, trop en reproches… »

« C’est joli, cette expression, « en pincer pour quelqu’un ». Cette référence à l’instrument de musique à corde que l’on pince pour qu’il émette un son unique, une vibration semblable à celle que l’on ressent quand on est amoureux. ma façon d’en « pincer pour toi » n’est peut-être pas de l’amour au sens où on l’entend. Mais je sais, en tout cas, que ce que tu dégages trouve une résonance en moi. « Nous nous résonnons bien » (…) »

Cupidon a des ailes en carton, roman de Raphaëlle Giordano, éditions Eyrolles et Plon, janvier 2019 —

8 commentaires sur “Cupidon a des ailes en carton – Raphaëlle Giordano

    1. Ce n’est pas mon genre non plus, mais j’aime bien changer de temps en temps… ma prochaine lecture sera un roman policier (voilà bien longtemps que je n’en ai pas lu!!).

      1. ah tiens un policier, cool ! Oui je n’ai pas souvenance que tu ais parlé de livre policier sur ton blog. Je m’y suis mis en lisant des blogs qui parlent beaucoup de thriller, polars, policiers.. Je viens d’en emprunter deux autres à ma médiathèque. Cela détend entre deux lectures plus exigeantes 🙂

      2. Quand j’étais ado, je dévorais les Agatha Christie, et puis j’ai lu des classiques (études de lettres…) puis des romans contemporains… et le blog est arrivé, les services presse, la littérature jeunesse… bref en ce moment, je suis sous l’eau – trop de SP en retard, des livres que je reçois sans rien demander, qui ne m’attirent pas… pffff j’ai besoin de respirer, de prendre plus de plaisir à tout ça… Je n’ai même plus le temps d’aller visiter les blogs que j’aime – ça fait si longtemps que je n’ai pas été te lire, j’espère que tu ne m’en veux pas… Bref tout ça pour te dire qu’à partir d’aujourd’hui je lève le pied, et je vais privilégier une lecture PLAISIR, et à mon rythme!! Bises

      3. Ne t’inquiètes surtout pas Nadège, je comprends parfaitement cette situation. Et ta décision est la bonne je trouve. Les Services presse, pour tenir le rythme de lecture et d’écriture des avis, c’est souvent difficile, c’est chronophage à souhait. J’ai refusé dernièrement un livre car je ne me sentais pas de lire un pavé sur un sujet qui ne m’intéressais pas. Maintenant, je comprends aussi que les maisons d’édition t’envoies des livres à chroniquer car tu as une très jolie plume délicate et sensible. Je me doutais que tu avais fais des études de lettres (moi j’ai fais des études d’histoire et L au lycée). Cela se ressent quand on te lit. Tu as l’une des plus belles plumes, pour ne pas dire très franchement, la plus belle plume de tous les blogs littéraires que je lis ! Vraiment. Maintenant, tu as raison de dire qu’il faut privilégier les lectures PLAISIR car c’est le mot essentiel avec celui de PARTAGE. On est nombreux à prendre plaisir à te lire. Tu as des avis très pertinents et une vraie passion pour les mots, l’écriture, les livres.. Bises de Bretagne Nadège et merci pour tous ces échanges 🙂

      4. Merci de ta bienveillance Frédéric. Tes mots me touchent infiniment. J’avais quitté la route ces derniers temps et m’étais embourbé, j’y reviens doucement avec des priorités différentes et qu’est-ce que ça fait du bien! Tu as raison, plaisir et partage… Il faut que j’arrête de culpabiliser devant tous ces livres qui s’amoncellent et que je lise selon mes envies et à mon rythme. Merci d’être là, toujours. Bises.

  1. Ma Nadège… ❤
    Me revoilà… après tout ce temps… comme il m'avait manqué de venir te lire…
    J'ai croisé ce livre quelques fois. Qu'il est bon parfois, comme tu le dis, de suivre ses intuitions et de lire un livre qui nous aurait échappé.
    Le couple et l'amour, un grand mystère…
    Te lire fait tant de bien. Tes billets sont fraîcheur. J'adore…
    Je t'embrasse mon amie xxx

    1. Oh ma Nadine, comme je suis heureuse de te lire ici… j’espère de tout cœur de retrouver sur ton blog et pour longtemps…
      Oui, je n’ai pas l’habitude de lire des livres de ce genre mais en ce moment j’ai envie de sortir des sentiers battus, enfin de lire des choses différentes… Je t’embrasse ma chère amie.

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