Triangle isocèle – Elena Balzamo

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En partant d’un constat qui l’étonne : être née à Moscou, y avoir passé son enfance, y avoir étudié, en pleine guerre froide de surcroît, et avoir été si peu en présence d’un membre du Parti Communiste dans sa vie, Elena Balzamo, essayiste traductrice et interprète nous livre ici un récit captivant. Par une image géométrique, le triangle, elle figure ainsi des trajectoires en regards. Le côté septentrional – la Russie -, le côté méridional – la France, l’Europe -, et la base – la littérature -. Et le rideau de fer, comme médiatrice. Elle fait part de ses observations, de ses perceptions, de ses rencontres, de ses discussions, de ses lectures, au sujet de sa quête : tenter de comprendre le passé, ce qui lui a échappé jusqu’ici : l’endoctrinement communiste, ses mécanismes, ses mystères, des représentations, des destins – on suit notamment le « cheminement » la « carrière » du père  de son amie, membre du KGB. Et à travers cette recherche, on voit le glissement de sa vision dans l’espace géographique et temporelle. L’écriture est vive, élégante et non dénuée d’humour voire d’ironie envers ses compatriotes. On perçoit l’importance de la littérature et des langues, comme autant de fenêtres ouvertes sur le monde, de la politique à la culture en passant par l’économie. De l’intime à l’universel, du quotidien au singulier.

Un récit qui se lit comme un roman, un parcours de vie passionnant, des références littéraires à foison, des pays-ages, des visages, des photographies, et des clichés qui tombent.

« Récemment, je me suis rendu compte d’un fait étrange : j’ai beau être née et avoir grandi dans un pays communiste, les membres du Parti que j’ai connus se comptent sur les doigts d’une main. Comment est-ce possible? L’endoctrinement idéologique n’était-il pas omniprésent. Si. Et pourtant… »

« Jusqu’ici, il a été question de deux côtés du triangle – qu’en est-il du troisième, qui, dans le cas d’un triangle isocèle, s’appelle « la base »? Existe-t-il un lien permettant de réunir ces deux entités, le côté méridional et le côté septentrional, à la fois antithétiques et complémentaires? Pour moi, ce lien ne fait pas de doute : c’est la littérature. Grâce à elle, échappant aux contingences matérielles, on dispose d’un accès au monde dans sa plénitude, d’un outil permettant de s’en faire une idée et d’une boussole qui aide à s’y comporter correctement. À condition de s’en donner la peine. »

« Et pourtant, lorsque, à la fin des années 90, je revins à Moscou, ce fut un choc. Comme autrefois à mon arrivée en France où j’avais été éblouie par les couleurs, je trouvai la ville métamorphosée : des taches bigarrées, lumineuses, de plus en plus grandes, de plus en plus nombreuses d’une année à l’autre, apparaissaient là où, auparavant, le gris et le noir régnaient en maîtres. »

Triangle isocèle, récit autobiographique d’Elena Balzamo, éditions Marie Barbier, janvier 2019 —

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