Comme à la guerre – Julien Blanc-Gras

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Peu avant l’attentat contre Charlie Hebdo, naît son fils. Père pour la première fois, il se demande, comme beaucoup, si Paris est en guerre. S’il faut avoir peur à chaque instant. Si désormais le mal peut frapper n’importe qui n’importe où n’importe quand n’importe comment… Est-on d’office prisonnier de cette vie-là? Peut-on continuer d’aller comme bon nous semble ici et là, de cette façon-ci de cette façon-là ? Doit-on protéger davantage son enfant? Quelles sont les limites? Nos limites? Poursuivre, comme avant, nos existences : rire, partager, expérimenter, découvrir, voyager, aimer, se distraire… est-ce raisonnable? Devenir père, élever son enfant dans un climat tourmenté soulève inévitablement des questions.

En relisant les carnets de guerre de ses grands-pères – dont l’un fut prisonnier en allemagne -, en regardant son fils grandir, en observant les gens autour de lui, des brins de réponses se dessinent. Le passé éclaire le présent, les silences pesants s’allègent avec le temps. L’histoire familiale, son héritage et sa transmission se révèlent importants.

Les réflexions intimes de l’homme du père de l’époux du fils du petit-fils tendent  forcément vers l’universel et interpellent le  lecteur. On ne peut qu’être en empathie avec le narrateur qui nous raconte son cheminement – les trois premières années de son enfant – avec tendresse humour sensibilité crainte emportement enthousiaste à travers les lettres de guerre émouvantes, les anecdotes craquantes sur son fils, le quotidien, ses cartes postales de globe-trotteur, le temps qui passe, les rencontres.

Un roman autobiographique lumineux et optimisme.

« Au bistro en bas de chez moi, la presse étalée sur le zinc au petit matin. Le verbe vivre hantait la plupart des titres. Vivre comme avant. Vivre après. Vivre avec. Les clients tournaient les pages, la tête basse et le coeur lourd. J’ai parcouru une tribune affirmant que notre avenir était moins conditionné par le terrorisme que par notre attitude face au terrorisme, ce qui m’a incité à prendre un deuxième croissant. Dans Le Monde, un médecin dispensait quelques conseils pour surmonter le choc. Ça débutait comme ça Vous n’êtes pas obligé d’aller bien. »

« Dès l’enfance nous savions que la planète pouvait être détruite. Je ne m’en préoccupais pas, j’avais trop à faire avec mes albums Panini et mes pots de Nutella. Dans ma conscience juvénile, la guerre appartenait au passé. La guerre, c’était l’affaire des grands-parents, vaguement floklorique, je savais que ça ne concernait pas mes parents, et qu’en conséquence, ça ne me concernait pas non plus. Le mur de Berlin est tombé au collège, c’était la fin de L’Histoire, à nous la victoire et la paix perpétuelle. La guerre, c’était loin ou c’était avant. La guerre, c’était un truc de vieux. »

« Condamné à l’intranquilité par l’existence de son enfant, le parent, programmé pour protéger sa descendance, se fait des noeuds au cerveau. Ça veut dire quoi, protéger? J’étais porteur d’une inquiétude nécessaire que je voulais maintenir dans des proportions raisonnables, suffisantes pour conserver une vigilance sans toutefois diffuser une angoisse contre-productive. Où se trouve l’équilibre entre sécurité et confiance? Le périmètre de liberté laissé aux enfants s’était affreusement réduit en une génération. »

Comme à la guerre, roman de Blanc-Gras, éditions Stock, janvier 2019 —

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5 commentaires sur “Comme à la guerre – Julien Blanc-Gras

    1. C’est plus un récit autobiographique qu’un roman. Un très bon moment de lecture. Je suis de la même génération que l’auteur, (un de mes grands pères a été prisonnier 7 ans en Allemagne, l’autre était résistant…) Forcément, cela m’a touchée.

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