Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

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Qu’il a été difficile, pour Monsieur Picquier de quitter sa librairie…. Se séparer de ses livres adorés. Cette librairie, c’était son chez-lui. Et les livres qui la peuplaient étaient  tous les membres d’une famille immense. Aujourd’hui l’homme est un vieillard, parkinsonien, et de vraie famille il n’a pas. Il a dû se résoudre à prendre une chambre aux Bleuets, un EHPAD. Neuf mètres carrés, trois mille livres, un lit. L’espace est petit mais lire permet tous les voyages n’est-pas ? Seulement sa maladie empêche la lecture.

Alors quand un jour Grégoire pousse sa porte, un plateau repas à la main. La fin de vie du vieux libraire prend soudain une nouvelle tournure. Le jeune homme n’a pas vingt ans. À l’école, pas moyen de s’accrocher. Le bac raté, le voilà apprenti cuisinier dans la maison de retraite. Monsieur Picquier voit en lui la jeunesse, la fougue, la force, l’avenir, l’espoir. En peu de temps, Grégoire devient son lecteur. Récalcitrant au début, la lecture à voix haute lui offre un horizon insoupçonné. Au fur et à mesure, il s’imprègne des histoires, apprend, ressent… et en s’ouvrant aux mots il s’ouvre aux autres, à l’amitié à l’amour aussi.

Monsieur Picquier transmet à Grégoire son goût pour la lecture. Passeur de livres, pour la dernière fois. Accompagnateur sur les chemins subtils de la littérature. Grégoire apporte de l’émotion et du baume au coeur aux personnes âgées, qui chaque jour viennent l’écouter plus nombreux.

Au crépuscule de sa vie, le vieux libraire confie à Grégoire un souhait secret comme une dernière prière. Le jeune lecteur saura-t-il répondre à sa supplique?

Un roman d’initiation tendre et lumineux qui n’occulte pas pour autant la réalité, crue parfois, en abordant avec pertinence la vieillesse, la maladie, la solitude, l’homophobie, la mort, et le pouvoir de la lecture évidemment.

« Le livre est un chemin qui te conduit à l’autre et comme il n’y a pas d’autre plus proche de toi que toi, tu lis pour te rejoindre, même si tu cherches à te fuir en le faisant, comme une sorte d’altérité autocentrée. »

« En termes d’échelle, le 1 pour 1 n’existe pas. Pas plus que la carte n’est le territoire, la prise de notes n’est le voyage. Si tu t’inspires de la Top 25 chez IGN, j’aime bien le rapport du centimètre sur le papier pour vingt-cinq  mille sur le terrain, ça laisse du champ au symbolique, aux pictogrammes et aux couleurs pour dire : ici, une source, là, un taillis, une vigne, un lotissement ou une forêt. Attention, ça grimpe dur ou ça descend. C’est l’humain qui veut ça. Notre besoin de traduire le réel est vital, de surcroît pour écrire. Par exemple, tu vois un rat. Sur ton carnet, tu notes. « Un rat ». C’est ton repère. Plus tard, peut-être, tu développeras. « Sur la berge du canal, un rat, poil luisant, trottine à ses affaires. Je l’ai vu. Lui, m’ignore. Tout va bien. » Et par là-même, exprimeras-tu ton désir de tout voir sans être vu, alors que le héron, plus loin, t’observe avec une acuité d’agent des douanes auquel n’échappe rien de ce qui circule sur le secteur dont il est le chef. Tu dois passer incognito, détrompe-toi, tu es sous surveillance. Ta présence génère forcément inquiétude ou convoitise selon la hiérarchie de qui mange qui. N’aie pas peur. Tu es en France. Le canal du Berry n’est pas encore un affluent de l’Orénoque. Quoique… méfie-toi des parasites, la tique des bois est redoutable. »

« Dès que tu marches, tu n’es plus un vivant ordinaire. Tu deviens le curseur de ta vie dans l’espace et le temps. Sans en être conscient, tu accèdes au présent le plus pur en n’ayant pour passé qu’horizon qui s’éloigne, pour futur qu’horizon qui s’approche, un présent absolu dans l’alliance illusoire de l’esprit et du corps. Tu ne peux plus t’arrêter. L’épuisement te gouverne et te donne une joie que tu jures être prêt à payer de milliers de courbatures. »

Grégoire et le vieux libraire, premier roman de Marc Roger, éditions Albin Michel, janvier 2019 —

2 commentaires sur “Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

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