Le Grand Nord-Ouest – Anne-Marie Garat

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1939, l’industrie du cinéma hollywoodien bat son plein, la mafia aussi. Pour Oswald, grand producteur, l’argent coule à flots, les soirées brillent de mille feux, les starlettes se trémoussent et se bousculent. Sa femme, Lorna del Rio, ancienne cow-girl – loin d’être écervelée -, le séduit aisément. Leur fille Jessie vient au monde dans un paradis terrestre.

À six ans, ses parents lui offrent un anniversaire grandiose sur la plage de Santa Monica, mais un drame se profile : le corps d’Oswald sera retrouvé à l’aube, échoué sur le sable. L’homme est mort, noyé. Et là les choses s’accélèrent, Lorna del Rio plie bagage, dépose sa fille encore endormie sur le siège arrière de leur Cadillac et file à tout allure, direction le Grand Nord-Ouest.

1954, Jessie, vingt-et-un ans confie à Bud Spencer la saisissante histoire de leur fuite. Une cavale de plusieurs mois sur les territoires nord amérindiens souvent hostiles, sur les pistes des trappeurs et des chercheurs d’or, sur la trace des traîneaux de chiens. Leurs rencontres avec un couple d’indiens Gwich’in, Kaska et Herman, qui la renommeront Njiah. Mère et fille vivront au plus près d’eux, dans leur cabane, à leur rythme et selon leurs traditions.

Lorna est en quête d’une vérité, de ses origines, d’une mémoire perdue. Sa fille devient le témoin de cette recherche, la garante du souvenir, celle qui à son tour transmettra.

Le Grand Nord-Ouest est un grand roman, un western où se côtoient mythes légendes croyances héritages où la nature s’étale tantôt sauvage tantôt bienveillante où le regard touchant d’une fillette sur sa mère et sur le monde bouleverse où le rêve s’insinue dans le réel et vice et versa, où l’écriture belle foisonnante et habile d’Anne-Marie Garat nous enveloppe.

« Si l’aigle royal nous souhaite la bienvenue, tous les autres animaux sauvages, la forêt, les montagnes, les glaciers, tout ce que cet immense pays réserve de prodiges nous sera également favorable, me disais-je, le cœur rempli d’allégresse et de gratitude pour ce signe du destin. J’avais six ans. Je ne doutais de rien, surtout pas des mérites de ma mère. À mes yeux son orgueil, son cran et son esprit d’à-propos lui valaient la protection du pygargue femelle : à l’égal de la reine des cimes, elle me guidait en attendant que les plumes me poussent. »

« Le mien chagrin crève la surface de l’eau, tout ruisselant d’écume et d’algues mon papa émerge des vagues. Assise sur la dune, j’enfonce mes orteils dans le sable mouillé et le regarde marcher vers moi grandeur nature, tel Poséidon dans sa gloire. Il est noyé mais son visage rayonne de bonté, son sourire joyeux et sa bedaine je les connais, son crâne chauve de méduse luisant au soleil rose, il sort des brumes d’aube de l’océan lavande pareilles aux couleurs fanées du calendrier collé au mur de notre cabane (…) »

« Les histoires se dénouent-elles comme elles semblent le promettre ou s’emberlificotent-elles toujours davantage au hasard de leurs mille écheveaux, cartes folles aux bifurcations excentriques qui nous perdent en maquis imaginaires, un vieux jouet d’enfant, un nom, un refrain niais poo-poo-pee-doo, un air d’harmonica, un regard : ces bribes servent de repères prophétiques clignotant éperdument en sentinelles dans la nuit des fictions, nous nous y accrochons tels les bateaux de pêche guettent dans le brouillard les faibles falots de la côte, ou les aviateurs déroutés survolant les déserts cherchent les feux de camp des nomades perçant l’obscurité de loin en loin, en ces signaux de détresse comme bouées de survie nous plaçons notre foi et notre espérance, et si invraisemblable, si absurde que cela paraisse, nous avons pourtant raison d’y croire parfois. »

Le Grand Nord-Ouest, roman d’Anne-Marie Garat, Actes Sud, août 2018 —

10 commentaires sur “Le Grand Nord-Ouest – Anne-Marie Garat

  1. J’ai l’impression que la moitié des commentaires que je te laisse disparaisses 🤔🤨 je disais que j’aime beaucoup l’autrice, dont j’ai déjà lu trois romans, une écriture pas toujours facile d’accès mais qui reste en mémoire. Celui ci est, bien sûr, noté sur ma lal 😄

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