La noyade pour les débutants – Ruth Hogan

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Il y a douze ans, Masha a perdu son fils Gabriel. Il a disparu de sa vie. Brusquement, brutalement. Dans la rivière où ils étaient ensemble… après une chute, elle s’était évanouie… à son réveil, plus de petit garçon, seulement une de ses sandales. On ne retrouva jamais son corps, présuma qu’il s’était noyé, emporté par le cours d’eau. Il avait deux ans.

Le temps est passé, le chagrin, lui, demeure. Continuer de vivre sans son fils lui semble injuste et indigne. Cruel. Chaque matin, elle se rend à la piscine, part se noyer. Plonge et coule jusqu’au fond. Pour rejoindre Gabriel. Mais chaque matin, un invisible fil l’élève à la surface, un instinct de vie, un instant de conscience. Elle remonte alors dans sa 2 CV vert et blanc – qu’elle surnomme Édith Piaf « petite française avec des yeux énormes (…) un peu comédienne » ! -. Elle va à son travail, elle est psychothérapeute. Elle écoute les gens, les aide, les apaise. Avec l’espoir secret de trouver la paix elle aussi, d’alléger sa tristesse. Souvent, elle se promène dans les allées d’un grand cimetière victorien, elle observe les pierres tombales, inventent des vies aux gens dedans – son fils n’a pas de tombe -. Et toujours, partout, Haisum son chien-loup la suit, la soutient… monte la garde.

Raconté de cette façon, on pourrait croire que ce roman est funèbre. Et bien pas du tout! L’auteure emmène le lecteur sur le chemin d’une femme qui se relève d’une tragédie, en quête de lumière, de rencontres, de sourires et d’amour. Autour d’elle une joyeuse et truculente bande d’amis virevoltent, à la piscine elle reste désormais à la surface dévorant des yeux un charmant « nageur olympique », au cimetière elle converse des heures avec Sally une vieille dame excentrique aux souliers rouges qui parfois perd la tête mais sonde les cœurs comme personne…

Et non loin une femme, Alice, dissimule un secret, devenu trop lourd pour elle…

Un roman prenant et émouvant, un suspense entretenu, des personnages attachants, un humour so british. Une belle lecture estivale.

« Aujourd’hui l’eau de la piscine est à 8,7° C, autrement dit elle est glaciale. J’ai passé en tout dix minutes ici, à cause de la température, mais aussi parce qu’il y a une bonne femme en combinaison de plongée qui se mêle de ce qui ne la regarde pas. Je sais que la plupart des gens trouveraient quand même bizarre la façon dont je me comporte en ce lieu, et ça se comprend : je nage jusqu’à l’endroit le plus profond, plonge, reste le plus longtemps possible sous l’eau, puis je reviens au point de départ et vais me mettre au sec. C’est curieux, je vous l’accorde, pourtant je ne fais rien de mal. Ce n’est pas comme si je pissais dans l’eau ou si je lorgnais les messieurs dont on devine les attributs sous leur petit maillot serré. Je ne m’attends pas à subir un interrogatoire. Nous sommes en Angleterre. L’ennui, c’est que la bonne femme, elle, est australienne. »

« En définitive, c’est la seule certitude que nous ayons tous. Que nous soyons en bonne santé, génial, riche, complètement désarticulé, brillant, courageux, drôle ou maniaque de la brosse à dents, nous allons tous mourir. Vous trouverez peut-être que ce n’est pas juste, mais c’est comme ça. « Qu’au tombeau seul les chemins si beaux de la gloire nous moissonnent », écrit Thomas Gray. »

« Je déploie tellement d’efforts pour changer, pour cesser de me raccrocher à ce chagrin qui me paralyse. Et parfois j’y arrive. Sauf que la peine n’est pas linéaire. Il suffit de sentir, de voir ou d’entendre quelque chose pour qu’elle revienne subitement, et il m’arrive certains jours d’avoir l’impression d’évoluer dans un univers semblable à un couvre-lit en patchwork dont les carrés colorés seraient en train de se découdre. »

La noyade pour les débutants, roman de Ruth Hogan, traduit de l’anglais par Étienne Menanteau, Actes Sud, Mai 2018 —

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12 commentaires sur “La noyade pour les débutants – Ruth Hogan

  1. Toujours aussi bien chroniqué ; à la lecture de ce billet, l’envie de lire le livre s’installe… Tu (vous ? désolé si je me permets cette familiarité, mais à fréquenter ce blog, on se persuade d’en connaître un peu l’auteure) as un don d’écrivain qu’il faudrait cultiver (mais peut-être est-ce déjà fait ?) Cela m’a fait immédiatement penser à Summer, ce très beau roman de Monica Sabolo. Là aussi, une disparition, et l’eau, le lac Léman…. Je vois bien ces deux livres se tenir compagnie sur une étagère de ma bibliothèque.

    1. Oh que tes mots me touchent… tellement que mes mots à moi ont du mal à venir… je suis heureuse de partager mes lectures et davantage encore des retours. Ça veut dire que ces chroniques sont lues, appréciées, sont « utiles ». Non je n’écris pas, j’aimerai… mais je n’y arrive pas. Peut-être un jour…
      Je n’ai pas lu Summer mais il est dans ma longue liste de livres à lire, il me faudrait plusieurs vies pour assouvir mes désirs de lecture.

  2. Noté sur ma LAL déà et tu me donnes très envie de le faire passer sur ma PAL et de le lire ;0) C’est justement le sujet dramatique qui me freinait un peu (surtout que tout ce qui touche aux enfants m’effraye toujours) mais tu me rassures un peu, je prendrais le temps de le feuilleter la prochaine fois.

    1. Le sujet est grave mais il est abordé d’une manière lumineuse. Le happy end est à la limite du vraisemblable mais cela ne m’a pas gênée. C’est un beau roman.

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