Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi – Sandrine Catalan-Massé

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Stella a la quarantaine, elle vit dans les beaux quartiers de Montpellier avec César son psychiatre de mari et ses deux adolescents Gaspard et Camille. Ses journées sont toutes les mêmes : préparation des tartines du petit-déjeuner pour toute la famille, inspection et nettoyage des chambres et de la salle de bains, balades sur des forums de psychologie sur internet où elle donne quelques conseils –  souvenirs de ses études -, envois – nombreux – de textos à son mari et ses enfants,  visites successives de la femme de ménage, de la concierge avec le courrier et de la boulangère, cours de yoga chez la voisine du dessous, et achats faramineux sur le web. Stella sort rarement ; elle est agoraphobe.

Les premières pages du roman sont plutôt irritantes, le comportement superficiel de Stella agace. Même son agoraphobie ne parvient pas à faire naître une quelconque empathie. Et puis arrive un cataclysme : son mari s’évapore dans la nature ne lui laissant qu’une enveloppe contenant quelques billets de banque – les enfants, on le comprend rapidement, sont de connivences avec leur père -. Stella se retrouve sans ressource du jour au lendemain.

Il va lui falloir affronter le monde, s’armer de courage, surpasser ses angoisses, vaincre sa phobie, trouver un emploi… Le roman est mené tambour battant, Stella passe les obstacles les uns après les autres, fait des rencontres enrichissantes, remet sa vie en perspective, et prend enfin plaisir à flâner dans les ruelles, sentir les parfums, regarder les gens, profiter de l’instant.

Un roman agréable qui, malgré un manque de crédibilité parfois, mène à une réflexion sur sa propre existence. La phobie du personnage principal n’est pas le sujet du livre, l’auteure l’utilise, à bon escient, pour montrer qu’on peut se remettre en question, donner un nouveau sens à sa vie à tout moment.

« La porte se referme sur lui dans un claquement assourdissant. Torchon à la main, je reste figée plusieurs secondes d’affilés, les jambes tremblantes. Mon petit monde est parti! Je me sens comme un avion qui aurait traversé un trou d’air. Comme tous les matins, le silence se répand dans l’immense appartement et me plonge dans un profond état de tristesse. Je ne m’y habitue pas. Je ne m’y habituerai jamais. Ma famille s’en va vivre sa vie à l’extérieur : toute la journée, ils vont rire, pleurer, se mettre en colère, avoir peur et aimer. Tandis que moi, je reste enfermée vivante entre les quatre murs de cette prison dorée. Toute seule, toute la journée. Comme tous les jours. »

« Je poursuis mon chemin en descendant vers le Carré Sainte-Anne et ses ruelles anciennes. Le bas de ma robe s’emballe, mes pas sont emportés par l’inclinaison de la route. Tout mon corps est libre, respire et s’abandonne au rythme imposé par la pente. Je vais au hasard. Auparavant, marcher sans avoir de but m’était impossible. Marcher tout court m’était impossible. Je devais me fixer une mission pour oublier l’espace terrifiant à traverser ou le regard des gens que je croisais. Je n’étais jamais dans l’instant, toujours dans le but à atteindre. »

Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi! roman de Sandrine Catalan-Massé, Éditions Eyrolles, Mars 2018 —

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