À 18 ans demandons l’impossible, mon journal de Mai 68 – Adeline Regnault et Elsa Neuville

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Le bac en poche, Madeleine a vite des envies d’indépendance, une soif d’apprendre, le désir secret de tomber amoureuse. On est en septembre 1967, elle entre à la Sorbonne dans quelques jours. Pour le moment, elle savoure ses premières heures dans sa chambre de bonne au 6ème étage avec vue sur le Sacré Cœur… enfin seule, loin de sa famille – de Courbevoie. Une page se tourne pour Madeleine, elle décide de rapporter tout ce qui lui arrive dans un « joli petit carnet », décrire sa nouvelle vie, écrire son journal intime.

Ses premiers pas à la Sorbonne la déconcertent pourtant : les amphis sont bondés, les professeurs peu nombreux, les résidences étudiantes non mixtes, les locaux décrépis… Les étudiants en ont assez, et ils ne sont pas les seuls – les baby boomers rejettent les institutions, le gouvernement De Gaule passéiste. Si les étudiants ouvrent le bal des revendications, les ouvriers rejoignent rapidement le mouvement contestataire.

Madeleine raconte ce quotidien riche en bouleversements. Fan de Dylan, des Beatles, d’Hugo, Zola et Rimbaud, membre du club de lecture les Décomplexées, comédienne dans la troupe de théâtre À nous la scène, follement éprise de Jean, Madeleine est pleine d’enthousiasme et profite de chaque instant, bien consciente du changement qui est en train de s’opérer dans la société française, et bien contente d’en être actrice.

Très documenté, – la fiction est parfois écrasée par l’aspect historique, je pense aux innombrables notes en bas de page – ,  ce roman reste captivant grâce à l’écriture alerte et au caractère frondeur de l’héroïne. L’immersion est totale. Affiches et slogans d’époque rythment les pages et un dossier documentaire vient compléter le tout.

« Le cortège est passé devant la maison de la Santé puis pas loin de l’ORTF (que certains surnomment Odile Ramasse Tes Fesses!). Vers 20 heures étudiants, lycéens, enseignants, tous coude à coude, on s’est dirigés vers le boulevard Saint-Germain puis le boulevard Saint-Michel. Jean était à la tête du défilé avec tous ses copains du 22 Mars, coiffé d’un casque de mobylette. La consigne était d’occuper le Quartier latin (« On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra. On occupera. »). Des grands gaillards ont commencé à dépaver les rues. On a fait une immense chaîne pour faire passer les pavetons à l’équipe « chantier en cours ». D’ailleurs sous les pavés y a du sable ! Les barricades ont été construites à l’arrache avec des grilles, des panneaux de signalisation et même des voitures qu’il faut toujours renverser du côté du réservoir pour éviter une explosion (j’ai appris ça le jour même). »

« 20 mai 1968. Dix millions de grévistes aujourd’hui. C’est phénoménal. Les postes, les banques, les usines sont toujours en grève. Les nostalgiques de 1936 sont heureux, tellement heureux. Les éboueurs s’y mettent aussi! « Ça pue, dans (notre) gueux de Paris ! », comme dirait madame François dans Le ventre de Paris – j’aime beaucoup ce roman de Zola. Les poubelles s’amoncellent, l’odeur est repoussante. Quelle « chienlit », hein, Charles? Il s’était pourtant dit qu’avec le mot magique « réforme », ça allait nous calmer et endormir le mouvement. Raté! « Réformes, chloroforme. »

 

À 18 ans demandons l’impossible, mon journal de Mai 68, roman historique d’Adeline Regnault , dossier documentaire d’Elsa Neuville, à partir de 13 ans, Casterman, avril 2018 —

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