Cet été-là à Blumental – Ursula Werner

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Édith Eberhardt, sa fille Marina, et ses petites filles Lara Sofia et Rosie ont laissé derrière elles Berlin ses bombes et la folie des hommes. Ensemble, plus soudées que jamais elles sont à Blumental, village près de la frontière suisse, où la famille a une propriété. Entre lac et montagnes, la maison charmante et accueillante est entourée d’un immense jardin coloré et parfumé. La beauté des lieux  parvient à faire oublier, l’espace d’un instant, la guerre et ses horreurs.

C’est l’été 1944, le soleil darde ses rayons d’or, la petite Rosie du haut de ses cinq ans virevolte pieds nus parmi les fleurs, Sofia traumatisée par des bombardements à Berlin a parfois des absences lui ôtant toute insouciance, d’étranges trains partent pour de sombres voyages, des soldats tombent encore et toujours au combat, Marina dissimule des enfants juifs dans la cave familiale, Édith très éprise de son mari Oskar ne peut pas s’empêcher d’enrager contre son statut de haut dignitaire nazi, un attentat se prépare dans le plus grand secret… l’assassinat du Führer.

Avec finesse et clairvoyance, l’auteure évoque le nazisme et la résistance allemande.  Elle réussit à instiller de la lumière et de la douceur à travers la noirceur du thème. Et révèle toute l’humanité de ses personnages – pour la plupart féminins – à travers leur courage leur détermination et leurs failles. L’exaltation des sentiments la poésie la nature luxuriante se mêlent habilement aux tourments de la seconde guerre mondiale.

Un premier roman à tiroirs – sur trois jours -, saisissant et passionnant, où la fiction et l’Histoire – avec un grand H – trouvent naturellement leur place.

« Tous les résistants étaient d’accord sur un point : il fallait se débarrasser du Führer. Et il était évident que cela signifiait le supprimer. Marina avait demandé une fois à Johann si Dieu pouvait pardonner à ceux qui croyaient en lui face aux crimes du Führer. Mais la question d’ordre spirituel qui tenaillait Johann à présent était comment justifier l’homicide. Un Dieu qui avait donné les tables de la Loi à Moïse pardonnerait-il un assassinat? (…) Une mallette en cuir marron attendait sa réponse dans son placard à vêtements. »

« Et maintenant le Führer venait ici. Chez elle, dans cette maison. Dans ce foyer qu’Oskar et elle avaient créé et peuplé d’enfants et de petits-enfants. Cette maison dont le seuil n’avait été franchi que par des amis. Celle qu’elle avait enveloppée de beauté en plantant délibérément autour d’elle des strates de plantes fleuries et de fleurs parfumées pour que chacun à l’intérieur, en regardant dehors, se rappelle combien le monde était beau. »

« Quand les gens comprirent qu’on ne leur disait pas seulement comment vivre mais comment penser, ils avaient déjà bien trop peur pour réagir. Parce que penser, parler, ou faire une chose contraire à la règle conduisait à des disparitions soudaines. »

« Tu vois la fleur, qui fleurit puis qui disparaît, les racines profondes, dans toutes les directions. Finalement, ces racines projettent des tiges qui produisent d’innombrables autres fleurs. (…) Nos souvenirs de ceux que nous aimons s’estompent avec le temps, et nous avons peur que ce soit le signe que nous les oublions. ».(…) Mais en réalité, ce qui se passe, c’est que leurs âmes font de plus en plus partie de nous, et de tout ceux qui les ont aimés. (…) Ils continuent à fleurir à travers nous. Nous ne pouvons pas davantage les oublier que nous ne pouvons nous oublier nous-mêmes. »

Cet été-là à Blumental, roman d’Ursula Werner, traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle, Mercure de France, Janvier 2018 —

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