Pactum salis – Olivier Bourdeaut

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Sous le soleil et le vent, entre terre et mer, de l’évaporation de l’eau des marais de Guérande aux hôtels luxueux de la Baule, la cristallisation du sel et d’une amitié hasardeuse entre deux hommes que tout oppose. Des personnalités contraires qui s’entrelacent, le surgissement d’inévitables nœuds, des fils qui se tirent d’autres qui se cassent, des mélanges de haine de complicité de rivalité de colère de tendresse, deux solitudes liées par un pacte absurde, une atmosphère tantôt brumeuse tantôt légère, de l’ivresse de la lucidité, de la sensualité du dégoût, du suspense de l’humour, des dialogues incisifs, des envolées poétiques, des situations burlesques… Un roman des divergences et autres paradoxes.

Jean, la trentaine, est paludier. Cet ancien parisien, en quête de silence et de paysages travaille depuis plusieurs années le sel, au rythme des saisons. Discret et taiseux, rustre et sauvage, simple et brut, Jean vit seul. Un matin, il découvre, étalé de tout son long sur une bâche recouvrant un tas de sel, le corps d’un homme, ronflant et bavant, ivre mort. Une odeur forte d’urine rend furieux Jean, une immense envie de tuer ce type l’envahit. Mais sa raison le rattrape, il se contente de traîner le corps plus loin… Ce type, qui finira par se réveiller, hagard, s’appelle Michel. Du même âge que Jean, sur le point de s’installer à Paris, il est en vacances dans un grand hôtel de la côte. Agent immobilier hâbleur et arriviste, poseur et suffisant, il roule en Porsche, porte costume mocassins et montre de luxe.

Une étrange attirance, proche de la fascination, se dessinera vite entre les deux hommes. Chacun emmènera l’autre dans son « monde », ouvrant les brèches du passé.  Mais, si le sel des marais est impérissable, en est-il de même de l’amitié?

« Il aimait cette route, ce trajet qui le menait aux marais, ces forêts denses qu’elle traversait, ces champs lisses ou râpés, timidement gondolés de ballots de foin, cette Brière envoûtante qu’il comparaît à une petite Louisiane, bien qu’il n’y soit jamais allé. Il aimait tout dans cette région, ne lui trouvant qu’avantages et beautés. Il aimait ce pays comme une fille que l’on veut séduire, en bloc, en détail, et avec ce qu’il faut de cécité pour en gommer l’aspérité. »

« Il était là. Allongé, appuyé contre la bâche recouvrant son tas de sel, recroquevillé sur le côté. Il était là, une main posée sur un œil pour maintenir un semblant d’obscurité, se protéger du soleil qui commençait à frapper durement, à illuminer violemment les marais. Il restait élégant malgré ses vêtements chiffonnés et les traces de terre sur son front et sa joue (…). Il avait les pieds nus dans ses mocassins, preuve d’un certain goût. Un filet de salive servait de pont-levis entre la commissure de ses lèvres et un accroc dans le plastique de la bâche abîmée. Il bavait sur son sel. »

« Je ne me suis pas enterré ici, je suis venu ressuscité ici. C’est Paris qui commençait à m’ensevelir, toute cette grisaille du ciel aux trottoirs en passant par les visages, ces immeubles caveaux, ces rues sales, ces zombies pressés, ce temps de Toussaint huit mois de l’année. Paris serait un cimetière à ciel ouvert si seulement les gens s’y promenaient avec un bouquet de fleurs à la main. Hélas, ce n’est même pas le cas. À la place des fleurs, les téléphones prolongent naturellement le bras des Parisiens et l’obtention d’un strapontin dans le métro est une des seules satisfactions de leur quotidien. »

Pactum salis, roman d’Olivier Bourdeaut, Éditions Finitude, Janvier 2018 —

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