L’infinie patience des oiseaux – David Malouf

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Australie, 1914. Jim Saddler aime les marais et les marécages du Queensland, le vent dans les arbres, les couleurs changeantes et la lumière irradiant du ciel, la danse des nuages, les étendues de sables au pied des dunes, le bruit éclatant des vagues, l’immensité de l’océan Pacifique… mais ce qu’il chérit par dessus-tout, ce sont les oiseaux. Durant des heures, il guette contemple et observe les oiseaux alentours.

Jim a la vingtaine, vit chez son père, aucun projet dans la tête, pas de travail, pas d’amoureuse. Son existence dérive peu à peu mais tant que les oiseaux vont et viennent, baladant leur légèreté leur élégance leur liberté dans ces paysages grandioses, Jim est heureux. Quant il les regarde longtemps, il a la sensation de quitter la terre, de s’élever auprès d’eux. Sa vision change alors ; d’en haut, il voit la nature belle luxuriante et généreuse.

Un jour, le maître des lieux, Ashley Crowther surprend Jim en pleine observation. Ashley a le même âge. De retour d’Angleterre sur les terres héritées de son père, il découvre avec émotion les merveilleux paysages de son domaine… et propose sans détour à Jim de travailler pour lui, en recensant tous les oiseaux peuplant sa propriété dans le but de créer un sanctuaire d’oiseaux migrateurs. Faire de sa passion son gagne-pain, Jim ne pouvait rêver mieux.

Ses pas l’emmèneront sur ceux de Miss Harcourt, une photographe anglaise d’une cinquantaine d’années, passionnée elle aussi, d’oiseaux.

Mais les grondement de la guerre en Europe se font entendre dans le pays. Jim et Ashley répondront à l’appel. Le soldat est envoyé dans un camp d’entraînement à Salisbury, l’officier à Armentières. Désormais, les voilà confrontés à la violence humaine, aux tranchées, au froid, à la boue, à la peur, à la mort… Tout n’est que noirceur et pesanteur, rage et douleur, laideur et désolation, fureur et non-sens…

Un texte fort et lyrique. Je n’avais encore jamais lu la guerre ainsi… L’écriture sensible de David Malouf flotte entre ciel et terre laissant voir les beautés de la nature et la bêtise humaine.

« Cela l’émerveillait. Une chose pareille. De pouvoir, par une chaude journée de novembre, avec le soleil lui brûlant le dos, la terre fourmillant sous lui et le paysage tout entier étincelant et stridulant, observer une créature qui, à peine quelques semaines plus tôt, se trouvait de l’autre côté de la Terre et avait trouvé sa route jusqu’ici en traversant toutes les cités d’Asie, franchissant des lacs, des déserts, des vallées encaissées entre de hautes chaînes montagneuses, survolant des océans sans le moindre point de repère, pour se poser précisément sur cette berge et entrer dans le cadre rond de ses jumelles : complètement contenue là dans sa petite vie – poitrine et flancs rayés, ventre blanc, pattes jaunes, le long bec explorant une flaque d’eau en quête de nourriture, soulevant la tête de temps à autre pour émettre ce cri singulier sur trois notes – et contenant complètement, invisible quelque part au-dedans, ce monde blanc virginal de la calotte glacière du Nord et la connaissance, profondément inscrite dans la cervelle minuscule, des voies aériennes et des trajectoires qui l’avaient amenée ici. »

« La guerre finit par arriver, à la mi-août, mais discrètement, l’écho d’un coup de feu tiré des mois en arrière qui avait pris tout ce temps pour faire le tour du monde et les atteindre. »

« Les canons, se disait Jim, il s’y habituerait ; ainsi qu’aux balles des tireurs d’élite qui s’enfouissaient régulièrement dans la boue du parapet. Elles signifiaient que vous vous affrontiez à d’autres hommes, très semblables à vous, et enduriez les mêmes épreuves. Mais les rats étaient une autre espèce. Et pour lui, c’était des créatures des enfers, familières de la mort, alors que les oiseaux l’étaient de l’air et de la vie. Pour s’habituer aux rats et surmonter le profond dégoût qu’il avait d’eux, il aurait fallu qu’il retourne son propre monde à l’envers. »

« Voilà ce que signifiait la vie, une présence unique, et elle était essentielle en toute créature. (…) Une vie n’était pas faite pour quelque chose. Elle était, simplement. »

L’infinie patience des oiseaux, roman de David Malouf, traduit de l’anglais (Australie) par Nadine Gassie, Éditions Albin Michel, parution originale en 1983 première traduction française en  Janvier 2018 —

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