Me voici – Jonathan Safran Foer

mevoici

Qu’il est difficile de poser les justes mots sur ce roman colossal et foisonnant. J’ai découvert l’auteur avec ce livre, qui m’a pleinement convaincue de lire les précédents. Sans mal, je suis entrée dans l’antre de la famille Bloch – juive américaine -, composée de Jacob le père scénariste pour des séries télévisées, Julia la mère architecte, trois enfants Sam, Max et Benjy, sans oublier leur chien fatigué par les ans Argos. Avec empathie, j’ai entendu les turbulences du couple : l’érosion, les distorsions, la lassitude, crise du milieu de vie, désenchantement, amertume. À travers l’écriture de l’auteur, son propre vécu se dévoile et cogne. Le délitement de cet amour entre Jacob – le double de Safran Foer? – et Julia est ainsi empreint d’un réalisme tour à tour touchant tendre mélancolique absurde voire drôle.

Au bord de la rupture, en pleine confusion existentielle, Jacob doit pourtant faire face – avec ou sans Julia – à la vie, qui suit son cours elle, avec ses tracas quotidiens, l’éducation de leurs fils, son travail qui ne le passionne plus, la préparation de la bar-mitsva de Sam 13 ans soupçonné d’avoir écrit des mots racistes au lycée qu’il fréquente, avec l’arrivée des cousins d’Israël, la mort de son grand-père Isaac, la découverte de sa femme d’une correspondance pornographique entre lui et une collègue, des mensonges, des dissimulations, des interrogations sur la religion, des petites phrases assassines, des décisions à prendre, les surgissements du passé, les peurs de l’avenir, l’incursion du virtuel et autres avatars… Mais voilà que la petite histoire somme toute ordinaire de Jacob et sa famille est confrontée à un événement de taille ; Israël vient d’être frappé par un terrible séisme… En reflet de leur histoire chancelante ; un cataclysme d’ampleur historique.

Me voici est un roman impressionnant opulent spirituel émaillé de dialogues percutants. Comme tout pavé – 741 pages -, certains passages pâtissent de l’attention du lecteur mais celle-ci est toujours ravivée.

« Julia aimait promener son regard là où le corps n’a pas accès. Elle aimait les murs de brique irréguliers quand on ne sait trop s’ils ont été construits avec négligence ou savoir-faire. Elle aimait la notion de périmètre quand elle contient aussi l’idée d’expansion. Elle aimait que la vue ne soit pas centrée dans la fenêtre, mais aimait aussi se souvenir que les vues, par nature, sont centrées. Elle aimait les boutons de portes qu’on n’a jamais envie de lâcher. Elle aimait les marches qui montent et les marches qui descendent. Elle aimait les ombres sur d’autres ombres. »

« Tout était si sublimé : la promiscuité domestique s’était changée en distance intime, la distance intime en honte, la honte en résignation, la résignation en peur, la peur en rancune, la rancune en autodéfense. Julia se disait souvent que s’ils pouvaient remonter le fil jusqu’à la source de leurs dissimulations, cela leur permettrait peut-être enfin d’être franc. »

« Les enfants enterrent leurs parents morts, parce que les morts ont besoin d’être enterrés. Les parents n’ont pas besoin de faire venir leurs enfants au monde, mais les enfants ont besoin d’en faire sortir leurs parents. »

« Parce qu’ils étaient jeunes. Parce qu’on est jeune qu’une fois dans sa vie et qu’on a qu’une seule vie. Parce que l’audace est la seule façon de défier le néant. Jusqu’où peut-on aller pour se sentir vivant? »

« Entre deux êtres quels qu’ils soient, il y a une distance unique, infranchissable, un sanctuaire inaccessible. Parfois, il prend la forme de la solitude. Parfois, il prend la forme de l’amour. »

Me voici, roman de Jonathan Safran Foer, traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Roques, Éditions de l’Olivier, Septembre 2017 —

Publicités

9 commentaires sur “Me voici – Jonathan Safran Foer

  1. J’avais déjà écouté une ctitique dythirambique à la radio et cet avis me conforte dans l’objectif de le découvrir. Alors merci pour cet avis 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s