Romans préférés lus en 2017

Les-furies

Le roman de l’année

Les furies, roman de Lauren Groff, traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau, Éditions de l’Olivier.

Un roman exalté et impétueux où la noirceur flamboie, la vérité s’enténèbre et l’amour ruisselle. Laurent Groff dépeint avec force, style et lyrisme l’obscurité, la complexité et le mystère de l’âme d’un homme et d’une femme qui s’aiment…

« Entre leurs deux peaux, le plus fin des espaces, à peine assez pour l’air, pour ce voile de sueur qui à présent refroidissait. Et pourtant, un troisième personnage, leur couple, s’y était glissé. »

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La danse sorcière, roman de Karine Henry, Actes Sud.

Une lecture exigeante mais prenante, une plongée psychologique et philosophique dans la mécanique de la danse, une atmosphère tendue, inquiétante et fascinante. Malgré une fin décevante, convenue et faible au regard de l’intensité du reste du texte, La danse sorcière demeure un livre puissant et prégnant.

« Le geste de la danse comme celui minutieux de l’archéologue… La mémoire du mouvement comme la mémoire de la douleur. Car un corps n’oublie rien de ce qui le marque : il consigne. Tatouage de l’âme, ineffaçable des chairs. »

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Le dernier arrivé, roman de Marco Balzano, traduit de l’Italien par Nathalie Bauer, Éditions Philippe Rey.

Récit de vie d’un homme qui s’est toujours senti étranger ; arraché à sa terre, détaché de ses parents, incompris, empêché, emprisonné. L’auteur dépeint la mouvance et l’instabilité de la société, l’égarement de l’homme et ses désillusions, le déracinement, l’intégration et la réinsertion. Un roman émouvant et pénétrant…

« Quoi qu’il en soit, j’ai terminé L’Étranger. Je commencerai peut-être un autre livre, mais je sais que je ne trouverai rien de mieux. Moi aussi, je suis étranger. Rejeté et disqualifié à vie. Moi aussi, je sens que je n’ai pas de motifs et que je ne peux expliquer les seuls possibles que dans une langue incompréhensible aux autres. »

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L’herbe maudite, roman d’Anne Enright traduit de l’anglais (Irlande) par Isabelle Reinharez, Actes Sud.

Dans ce roman, il y a du souffle, de la puissance et une réalité crue. Dans cette écriture, il y a une hardiesse, un franc parler, de l’énergie. Dans cette histoire, il y a plusieurs vies qui se suivent, s’enlacent, s’éloignent, se retrouvent. Il y a des hommes et des femmes, des tourments et des bonheurs. Et il y a un pays, l’Irlande…

« Ils n’étaient pas insensibles à l’humour de la situation, au fait que chacun de ses enfants appelait une femme différente. Ils ne savaient pas qui elle était – leur mère, Rosaleen Madigan – et ils n’avaient pas besoin de le savoir. C’était une femme âgée qui avait désespérément  besoin de leur aide et qui, alors même que son absence grandissait au point d’occuper tout le versant glacé de la montagne, rapetissait, n’avait plus que la taille d’un être humain – de n’importe quel être humain – frêle, mortel, vieux. »

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En lieu sûr, roman de Wallace Stegner, traduit de l’américain par Éric Chédaille, réédition, première parution en 1987, Éditions Gallmeister.

Ce livre se découvre et se dévoile au lecteur en toute intimité, simplement, naturellement. Avec humilité, élégance et humanité, l’écriture de Wallace Stegner m’a touchée au plus profond. Ce roman, c’est la vie même. Et en lieu sûr, je vais le garder.

« Orphelins venus de l’Ouest, nous avions échoué à Madison et les Lang nous adoptèrent au sein de leur nombreuse, riche, influente et rassurante tribu. Nous nous aventurâmes, telle une paire d’astéroïdes, dans leur univers newtonien bien réglé, et ils nous capturèrent par un effet de leur gravitation, firent de nous des lunes et nous placèrent en orbite autour d’eux. »

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Annabelle, roman de Marie Laberge, éditions Boréal.

Ce roman intense sensible et sincère sur l’adolescence, entre quêtes désillusions et puissance créatrice m’a émue aux larmes.

« Ce qu’il y a de pénible avec la vie, c’est qu’il faut collaborer, il faut l’organiser, la construire, l’édifier jour après jour. On ne peut pas se contenter de la subir. On ne peut pas se contenter de récriminer comme s’il y avait eu erreur sur la marchandise livrée. »

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Frankie Addams, roman de Carson McCullers, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Tournier, Éditions Stock. (publication originale : 1946).

Un grand roman sur l’adolescence, le temps qui s’enfuit, le désenchantement. Une réflexion sensible sur la condition humaine. Des mots si justes qu’ils résonnent forcément en chacun de nous.

« Frankie regardait l’un après l’autre les quatre murs de la cuisine. Elle pensait au monde, et il était rapide et fissuré, et il tournait, plus rapide, plus fissuré, plus immense que jamais. Les images de la guerre surgissaient et se confondaient dans son esprit. Elle voyait des îles claires avec beaucoup de fleurs, et un pays baigné par la mer du Nord avec des vagues grises sur la plage. Des yeux gonflés d’épuisement et le piétinement sourd des soldats. Des tanks, et un avion en feu, les ailes arrachées qui allait s’écraser en tombant dans le ciel vide. Le monde était fissuré par le fracas de la guerre, et tournait à mille miles à la minute. »

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Pourquoi les oiseaux meurent, roman de Victor Pouchet, éditions Finitude

Les paysages défilent, une aventure amoureuse se dessine, d’un champ à une plage, d’une page d’un livre à un museum, d’une statue à un aïeul,  des oiseaux d’Hitchcock à l’histoires naturelle de Pline, de la Bible de Jérusalem au Pigeon Projet, du livre des damnés de Charles hoy Fort à la génération spontanée, Pouchet emprunte des chemins de traverses, revient sur ses pas bousculant son enfance, et repart vers de nouveaux horizons, la fin d’une chose et le début d’une autre, la chute d’oiseaux comme métaphore. Un premier roman brillant, passionnant, spirituel et malin. Un auteur à suivre…

« (…) j’avais la vie sur le bout de la langue. Sur le bout de la langue les engagements, les choix, les aventures de l’esprit, la vie sociale et les conquêtes. J’avais l’impression de passer ma vie à ne pas articuler complètement ce qui m’arrivait et à sacrifier tout un tas de syllabes, de mots et de phrases-projets. »

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Le dimanche des mères, roman de Graham Swifft, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Gallimard.

Une journée qui fait date. Fortune et destinée. La fin d’une époque, un souffle de liberté. Le goût des mots et de la lecture. Un petit roman dense et ramassé, sensuel et plein de vie…

« Elle pédala dur au départ, puis se mit en roue libre et acquit de la vitesse. Elle entendait ronronner son vélo, elle sentait l’air gonfler ses cheveux, ses vêtements et, semblait-il, ses veines. Le sang chantait dans ses veines et elle en aurait fait autant si la force irrésistible de l’air ne l’avait empêchée d’ouvrir la bouche. Jamais elle ne saurait expliquer cette totale liberté, cette folle impression que tout était possible. Dans tout le pays, des bonnes, des cuisinières et des nounous avaient été « libérées » pour la journée, mais y en avait-il une qui fût aussi libre qu’elle? »

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Les mille talents d’Euridice Gusmao, roman de Martha Batalha, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, Denoël éditions.

Un roman optimiste et lumineux malgré les douleurs et les malheurs. Des histoires alambiquées, comme autant de contes, qui se terminent toutes par une note d’espoir. Drôlerie et ironie parsèment les pages décrivant une réalité pourtant sombre, un parti pris de l’auteure qui fonctionne bien. Une lecture originale et intéressante dans laquelle il m’est tout de même arrivé de me perdre dans les entrelacs des nombreuses digressions…

« Le corps d’une mère est un excellent remède à la colère. Ils se serraient fort l’un contre l’autre, sous les draps. Guida pensant protéger son fils, son fils pensant protéger sa mère. Guida respirait profondément pour que Chico la croie endormie, et Chico respirait profondément pour qu’elle le croie endormi. Et ils s’endormaient en même temps. »

 

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20 commentaires sur “Romans préférés lus en 2017

  1. Je savais bien que j’avais oublié un ou deux bilans dans ma petite liste, je rajoute ton lien 😉 les furies me tente beaucoup, mais je pense que j’attendrais la sortie poche. Quand à la danse sorcière il est dans ma pal, j’ai hâte. Bonne soirée

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