La sœur du menuisier – Mira Maguen

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Soudainement, l’existence belle et douce de Nava vole en éclats. Un accident de la route cause la mort brutale de son jeune fils et de son mari. À trente-neuf ans, elle réalise que sa vie n’a désormais plus de sens. Le choc est violent, la douleur profonde… Une « collision métallique arbitraire » qui ne lui laisse que « trois options : le cimetière, l’asile de fou ou une résidence pour seniors ». Elle choisit la troisième, considérant ce lieu comme un dernier refuge, sans perspective d’avenir.

Rapidement, elle quitte son emploi d’architecte d’intérieur et son appartement, et s’installe à « La maison bleue », une résidence pour personnes âgées. Sans les deux hommes de sa vie, elle ne peut poursuivre cette dernière de la même façon. Nava n’a plus d’ambition, plus d’envie, plus de fantaisie… Elle devient caissière dans un supermarché, un travail machinal aux gestes mécaniques…

Durement, elle survit. Elle subit cette vie dont elle n’a plus goût. Et puis, le temps continue à creuser ses sillons… Elle n’est pas vraiment seule, son frère – un menuisier – et sa belle-sœur Yonina l’écoutent et la soutiennent. Jour après jour, Nava relève la tête, échange quelques mots avec Ola sa collègue de travail – qui a un fils de l’âge du sien -, fait la connaissance d’un employé de son frère, et pénètre dans les vies des résidents de La maison bleue.

Progressivement, elle lie des amitiés, elle partage des souffrances, elle aide et réconforte, elle découvre le poids du malheur chez d’autres… Même le désir qu’elle pensait disparu se ravive… C’est la vie-même qui revient dans sa tête et dans son ventre…

Le roman d’une renaissance, de l’obscurité à la lumière.

« Mes oreilles se sont transformées en voies rapides, les mots défilent, passent en trombe, ça rentre par l’une et ça sort par l’autre, je vois ce qui se passe, j’entends ce que l’on dit, où l’on va, d’où l’on vient, sans que cela m’atteigne, je suis imperméable tel du nylon, et de jour en jour je perfectionne ce tissu isolant et bouche la moindre fissure. »

« O.K. Tu es restée seule, ton univers s’est effondré, tu es en dépression et tu es venue te réfugier ici. (…) pour chaque être enterré deux pieds sous terre se trouve au moins un cœur brisé à la surface. Si tous ces cœurs brisés allaient dans une résidence pour seniors , il ne resterait plus que des chats dans les rues, les chats conduiraient des autobus, les chats recevraient des patients dans les dispensaires et s’occuperaient des commerces. Écoute-moi, ma chérie, en ce qui concerne les malheurs, Dieux les prodigue sur terre comme des pluies abondantes : il y a celui qui est mouillé, celui qui passe aujourd’hui entre les gouttes mais demain sera trempé. La vie n’est pas une sinécure, ma chère. »

« Un individu désire que le monde lui foute la paix, l’oublie l’espace d’un instant, à l’instar de cet oiseau qui fouille en ce moment dans son plumage sans qu’aucun être vivant ne lui envoie un SMS, ne l’appelle, ne lui envoie de mail, ne le suive sur Facebook, Instagram, Twitter, et qu’il puisse ouvrir un large bec et hurler à la face du monde : « Je vis car j’existe, je furète, fiente, chante, mange, m’endors, copule, et en quoi cela vous regarde? » Si seulement je pouvais goûter un instant pareil, une fraction de seconde de tranquillité… »

La sœur du menuisier, roman de Mira Maguen, traduit de l’hébreu par Katherine Werchowski, Mercure de France, Septembre 2017 —

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4 commentaires sur “La sœur du menuisier – Mira Maguen

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