Un dimanche de révolution – Wendy Guerra

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Cleo est une île… isolée, esseulée. Elle est comme son île, Cuba… délaissée, désolée. Depuis le décès brutal de ses parents lors d’un accident de voiture un an auparavant, elle s’est enfermée dans son chagrin et dans la maison familiale. Poétesse et auteure de renom dans de nombreux pays hormis le sien, Cleo s’accroche à son île, désespérément. Ici, elle est victime d’une censure qui la dépasse. Son quotidien morose est rythmé par des perquisitions et autres interrogatoires. On l’imagine dissidente, elle qui aime tant cette terre qui l’a vu naître. Qu’on ne puisse lire ses pensées et ses mots sur son île la peine et la tourmente. Et quand elle est ailleurs, les cubains en exil sont aux aguets, et la méprisent. Une existence suffocante à l’image de Cuba qui porte les stigmates de la révolution. Malgré la dépression qui l’assaille, Cleo écrit. L’écriture étant sa seule issue, une once de liberté. Un jour, un homme vient la trouver, chez elle. Geronimo Martines, grand acteur hollywoodien, en pleine préparation d’un film sur Cuba souhaite recueillir son témoignage. Son arrivée va bouleverser la vie de Cleo, en éclairant des zones d’ombre concernant le passé de ses parents. Une vérité fracassante qui remet en cause la propre identité de la jeune femme.

Un roman, comme un long poème, où l’ellipse est usuel et le poids de l’Histoire, le tourment d’un secret, le spectre psychologique de la narratrice – Cleo – s’entrelacent, déstabilisant souvent le lecteur.

« La faculté qu’a la littérature de voler, de voyager seule, de naviguer libre, est incroyable, même si je l’emprisonne entre mes mains nerveuses aux veines apparentes et l’étrangle, elle refuse de devenir une de mes multiples chaînes à perpétuité, vole avec sa personnalité propre, prend son indépendance vis-à-vis de moi, de mes bâillons, et si elle revient, c’est avec un autre accent. »

« Quand je suis à Cuba, le premier rôle revient au paysage, l’odeur des mangues trop dures, la fureur de la mer qui s’entête à forcer les limites du mur, le désir frénétique des hommes buvant du rhum pour se calmer dans les coins sombres. Ici, la réalité est trop forte pour te laisser croire que tu as le rôle principal… Je disparais… »

« Ma poésie est une protection magique contre la peur, si j’écris, si je lis de la poésie, si j’en récite pour moi, en silence ou à voix basse, comme un mantra, je sais qu’il ne m’arrivera rien. »

« Tu essaies de t’installer progressivement dans le fond transparent, tu passes la ligne trouble, les courants froids ou tièdes, tu répartis l’air dans tes poumons et tu repousses, par intervalles, la surface hyperréaliste, tant que ton corps supportera l’immersion, tu n’as pas besoin de remonter à la surface. Tu te propulses, tu cherches la phosphorescence initiale, tu te projettes vers le haut comme une balle égarée… et voilà la réalité au soleil, tu brasses l’eau, tu inspires l’air, et tu descends, tu descends, tu descends pour, de nouveau, tout abandonner. Certains cris t’avertissent que, là-haut, il peut y avoir de la vie, mais en fait tu ne t’en soucies pas, la vraie vie se produit dans ta poitrine, loin de la scène illusoire de Cuba, cette île démente qui navigue autour de ta tête (…). »

« L’enfance est la saison la plus solitaire et injuste du monde, tout le monde dispose, décide et intervient dans ton existence. »

« Je me rappelle ce vers d’Eliseo Alberto Diego : « Il suffit d’une minute pour mourir, comment ne suffirait-elle pas pour changer ta vie. » »

« Ce qui m’affecte le plus, ce sont les contrastes qui se produisent à chaque étape, d’une perquisition à un interrogatoire ou à un tapis rouge. Qui comprend ma vie? Je ne connais pas les demi-teintes, les extrêmes ont été et seront toujours pour moi ma saison habituelle. »

Un dimanche de révolution, roman de Wendy Guerra, traduit de l’espagnol (Cuba) par Marianne Millon, Buchet Chastel, Août 2017 —

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10 commentaires sur “Un dimanche de révolution – Wendy Guerra

    1. J’ai beaucoup aimé l’écriture poétique de l’auteure, mais l’histoire est confuse et le personnage principal – dépressif – manque de relief. Une lecture mitigée.

  1. « Cleo est une île », qu’il est beau ton préambule ma Nadège.
    Oui, Cuba porte les stigmates de la Révolution, dans les rues de la Havane il court encore un bruit sourd de tempête politique et de désolation, de pauvreté.
    J’aime le Cuba mystique et riche de culture ❤
    Je t'embrasse fort

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