Une mer d’huile – Pascal Morin

unemerdhuile

Une maison secondaire près de Sanary, demeure estivale où se rejoignent chaque mois d’août les membres restreints d’une famille, grand-mère, père et petit-fils, le fil du temps ayant coupé quelques ramifications. À l’horizon le Cap Nègre, léché par la mer bleue et impassible, autour de la maison les cris des oiseaux et les bruits des insectes, le soleil se couche et la propriétaire des lieux, Danielle,  veuve septuagénaire, en franchit le seuil. Ravissement de l’instant, une habitude vieille de plus de quarante ans, qui, cette année pourtant, a une saveur nouvelle.

Cette fois-ci, elle ne sera pas seule pour accueillir Pierre-Marie et Arthur. Vu son âge avancé, Danielle a embauché Prisca, une jeune femme pour s’occuper de la maison et de ses hôtes.

Si la mer en contrebas est d’huile comme leur existence, le cœur du trio familial est aride et leur esprit flottant. Scientifiques de génération en génération – le père était astrophysicien, la mère neurologue, le fils est psychiatre et le petit-fils en prépa de mathématiques -, ils semblent tout maîtriser, même leurs émotions.

Prisca, au naturel désarmant et au charme envoûtant va (malgré elle ?) insuffler un air libérateur, provoquer des remous intérieurs, faire voler en éclats les certitudes de chacun et réveiller-révéler des désirs des envies.

Un roman sensuel où les personnages s’embrasent sous nos yeux éblouis.

 » La mer était d’huile, dans l’anse. Prisca ne connaissait pas ce phénomène. Elle n’avait jamais vu la mer aussi lisse que ça, sans vague du tout, un bassin pour les carpes. Non, pas une seule ride à la surface. Elle ne savait pas cela possible. Comme si les vagues elles-mêmes avaient constitué la mer, par essence. Pas juste l’eau, ainsi immobile, non, pas ce bain d’huile. (…) Danielle aimait quand se produisait ce petit miracle. Ce n’était pas si souvent. Arrêter le sac et le ressac, la pulsation. Le temps. Et que rien ne bouge. »

« Il se revit jeune, au début de la vingtaine, se rappela sa liberté et son ardeur sexuelle, mais aussi sa névrose et sa souffrance. C’est vrai qu’il était plus apaisé aujourd’hui, mais aussi plus léthargique. Il sentait bien l’urgence de vivre. Ou plutôt, il percevait nettement le début de sa résurrection. Il remarqua, dans le talus, des agaves en fleurs phalliques, dressés vers le ciel limpide. Et il prit conscience que ce que les hommes trouvaient beau, dans les fleurs comme dans la fraîcheur de la jeunesse, c’était cette énergie portée vers la reproduction, l’exubérance de la nature qui cherche à se perpétuer. Les agaves d’Amérique et leur spectaculaire inflorescence. »

Une mer d’huile, roman de Pascal Morin, Collection La brune, Éditions du Rouergue, Août 2017 —

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8 réflexions sur “Une mer d’huile – Pascal Morin

  1. Les deux extraits laissent deviner une écriture poétique je trouve, ou au moins très « sensuelle ». Je retrouve bien là les textes publiés dans cette collection, « La Brune », que j’aime beaucoup 🙂

  2. L’étonnant contraste entre le physique des lieux et les émotions des gens qui l’habitent. Un roman sensuel qui me semble bien beau. Des bisous ma Nadège

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