La beauté des jours – Claudie Gallay

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Jeanne a un peu plus de quarante ans. Mitan de vie, mouvement de bascule, appel d’air. Heureuse, elle semble l’être : un mariage sans nuages, deux filles de dix-huit ans étudiantes belles comme le jour, une maison en ville sans prétention, un travail à la poste sans pression, la ferme du père de la mère et de la M’mé antre de l’enfance attachement à La terre racines profondes, des sœurs et des nièces dont la fabuleuse et singulière Zoé, Suzanne l’amie bien-aimée… Une existence heureuse mais sans surprises : le train de 18h01 au bout du jardin, un homme aux cheveux gris, le train de 18h18, une femme au chapeau bleu, sa manie du calcul, son plaisir de suivre dans rue des personnes inconnues, son voisin de guichet morne et guindé, le défilé des mains des clients à longueur de journée, les vacances annuelles à Dunkerque, les macarons du mardi offerts par Rémy son époux, le chagrin d’amour de Suzanne qui n’en finit pas, la douleur lancinante à l’épaule qu’aucun onguent ne soigne, le père taiseux qui se désespère de toutes ces filles autour de lui…

Les beaux jours amènent avec eux un souffle inattendu. Alors que Rémy entreprend des travaux dans la maison, Jeanne s’évade. L’échappée est douce, légère, grisante. Et invisible. Fascinée depuis longtemps par l’artiste-performeuse Marina Abramovic, elle aime tant son audace sa vaillance son engagement sa force mentale, son œuvre l’impressionne et la passionne, Jeanne se met à lire tout ce qui la concerne, relève ses mots et lui écrit des lettres. À travers l’artiste, elle se libère. Et voilà que sur son chemin, un amour ancien réapparaît, bousculant le quotidien, secouant l’ordinaire, agitant son esprit.

Jeanne se laisse porter vers l’inconnu, l’insondable, avance hors des chemins balisés, explore de nouveaux horizons d’autres sentiments, ose levez le voile sur ce qu’elle n’osait pas voir, s’éveille à la puissance et à la profondeur de l’art, révélant en elle la beauté des jours.

 » Jeanne était d’une nature heureuse. Tout l’émerveillait. Même les choses les plus simples. Le lever du jour. Le coucher du soleil. La pluie sur les vitres. Une abeille sur une fleur. Le jardin. En automne, le brouillard l’estompait, elle n’en voyait plus le bout. L’hiver, c’est la neige qui le recouvrait. Quand les filles étaient bébés, Jeanne les lavait dans un bac en plastique. Les filles avaient grandi. Jeanne avait gardé le bac. Mis dans le jardin. Plein d’eau de pluie. Les oiseaux venaient boire dedans. Les écureuils aussi. Un renard passait certains soirs, un peu après 23 heures. Une fourrure rouge, comme du feu. Jeanne aimait l’apercevoir. »

« M. A (Marina Abramovic) Citation 1 : J’ai longtemps cru qu’on devenait une artiste à partir d’une enfance difficile ou alors si on avait connu un drame ou bien la guerre, ou alors si on avait un don. Mais ce n’est pas ça. On devient artiste parce qu’on est sensible et parce qu’on est mal dans le monde. Ce n’est pas une question de don mais d’incapacité à vivre avec les autres. Et cette incapacité à vivre crée le don. »

 » J’ai bientôt passé la moitié de ma vie, et je me demande ce que je vais faire de l’autre. »

 » Il est 23h32 quand il a écrit cela. Une heure palindrome. Elle lui parle de sa fascination pour ces nombres renversés. De toutes ces choses qui se vivent dans un sens et dans l’autre, peuvent se concevoir à la fois par leur fin et leur début. Il répond que la fin des choses est toujours contenu dans leur début. »

« Le bonheur, ça se croise, et à cette pioche, tout le monde a sa chance. Ça se croise mais ce n’est pas donné, et si on n’en prend pas soin, ça s’en va ailleurs et on ne sait pas où, chez d’autres, qui ne l’ont pas encore eu, ou qui le méritent mieux. Après, il faut attendre que ça repasse. Parfois ça repasse. Et parfois pas. »

« Le temps perdu, on ne le retrouve pas. Tout ce qui était là, tout ce à quoi Jeanne tenait tant, elle allait le perdre un jour. Elle ressentait ce bonheur particulier, l’émerveillement de vivre ce que l’on a déjà commencé à perdre. »

« Un jour, on relève la tête et on se rend compte que les autres vivent, et que nous, on est arrêtés. C’est pour ça qu’il était parti. Pour rester en mouvement. »

« Elle le sait, il y a les grandes et les petites choses, les grandes modifient profondément nos vies, les petites ne font que les effleurer, mais les petites nous aident à attendre les grandes. Elles nous aident à les atteindre. »

coeur

—  La beauté des jours, roman de Claudie Gallay, Éditions Actes Sud, Août 2017 —

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26 réflexions sur “La beauté des jours – Claudie Gallay

      1. Oh oui, Seule Venise, c’est très très beau, je trouve. Et j’ai adoré Les Déferlantes (ce sont les deux seuls lus jusqu’à présent).

  1. J’adore cette auteure, j’ai lu tous ses romans, avec un coup de cœur pour « Les déferlantes », lu à une période importante de ma vie. Je ne manquerai pas de lire celui-ci, il le faut… ❤
    Je t'adore, gros becs ma Nadège

    1. J’ai beaucoup aimé ce roman et la plume de Claudie Gallay. Je suis donc ravie d’avoir tous ses livres précédents à lire!! Je t’embrasse.

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