Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Celeste Ng

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Elle n’avait que seize ans, Lydia, lorsque son cœur s’est arrêté. Son corps a été retrouvé gisant au fond du lac non loin de son foyer. Sa famille justement, si aimante, est dévastée par le drame. Lydia était si merveilleuse ; belle et agréable avec tout le monde, brillante et bosseuse, douce et obéissante. Une jeune fille sans histoire, une famille soudée et discrète. Une mort surprenante, une cause mystérieuse. Assassinat, suicide ou accident?

Dès les premières lignes du roman, nous sommes ferrés. Nous entrons dans une spirale familiale infernale faite de non-dits de mensonges, de petits arrangements avec la vérité, de regrets, d’amertume et d’amour. L’auteure distille avec habileté et fine psychologie les faits, les résurgences du passé, le poids de l’ascendance en usant de flash-back et de focales différentes.

Celeste Ng a déployé son noir roman sur trois décennies – 1950/60/70 – auscultant divers sujets liés à cette époque, observant les évolutions, sondant les mouvements et autres comportements, ainsi elle parle du racisme et de la difficulté d’intégration – James le père de Lydia est d’origine chinoise et se marie avec Marylin une blonde américaine en 1958, il n’aura de cesse de pousser ses enfants à se fondre dans la masse, à ressembler aux autres, à devenir de bons petits américains… du surinvestissement maternel –   Marylin après avoir fait de belles études se destine à être médecin mais enceinte de son premier enfant, elle devient femme au foyer, elle n’aura de cesse de pousser Lydia à réussir son cursus de science physique… de carence affective – Lydia étant au centre de tout (malgré elle), James et Marilyn délaissent (inconsciemment?) leurs deux autres enfants…

Un roman sombre sur les liens familiaux pernicieux où la violence se glisse insidieusement de génération en génération. La construction narrative est brillante, la recherche historique précise, l’écriture est clairvoyante et le suspense savamment entretenu. Ajoutons à cela une vision juste de l’adolescence. Une auteure à suivre, assurément.

« Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore. 3 mai 1977, six heures trente du matin, personne ne sait rien hormis ce détail inoffensif : Lydia est en retard pour le petit déjeuner. Comme toujours, sa mère a placé près de son bol de céréales un crayon bien taillé et les devoirs de physique de Lydia, six problèmes, chacun coché. Sur le chemin du travail, le père de Lydia règle l’autoradio sur WXKP, la Meilleure Source d’Informations du Nord-Ouest de l’Ohio, irrité par le craquement des parasites. Dans l’escalier, le frère de Lydia bâille, toujours enveloppé dans la fin de son rêve. Et sur sa chaise dans le coin de la cuisine, la sœur de Lydia écarquille de grands yeux, voûtés au-dessus de ses corn flakes, les mâchant un à un en attendant que Lydia apparaisse. C’est elle qui déclare finalement : « Lydia prend son temps, aujourd’hui. »

« Quelques jours auparavant, à quelques centaines de kilomètres de là, un autre couple s’était également marié – un homme blanc et une femme noire qui partageaient un nom des plus appropriés : Loving. Quatre mois plus tard, ils seraient arrêtés en Virginie, la loi leur rappelant que le Seigneur tout-puissant n’avait jamais eu l’intention que les Blancs, les Noirs, les Jaunes, et les Rouges se mélangent, qu’il ne devait pas y avoir de citoyens bâtards, aucun effacement de la fierté raciale. »

« Parfois, vous oubliez presque que vous ne ressembliez pas aux autres. Pendant l’assemblée du matin au lycée, au drugstore ou au supermarché, vous écoutiez les annonces, déposiez une pellicule à développer ou saisissiez une boîte d’œufs, et vous aviez l’impression  d’être comme tous les autres. Parfois, vous n’y pensiez pas du tout. Et alors, de temps en temps, vous remarquiez une fille qui vous observait de l’autre côté de l’allée, le pharmacien qui vous observait, le caissier qui vous observait, et vous distinguiez votre reflet dans leurs yeux : incongru. Il accrochait votre regard comme un hameçon. Chaque fois que vous vous voyiez d’un point de vue extérieur, tel que les autres vous percevaient, tout vous revenait. »

coeur

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, roman de Celeste Ng, traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau, Éditions Sonatine, 2016 —

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10 réflexions sur “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Celeste Ng

  1. Tiens, tu me rappelles que je l’ai dans ma PAL. Il fait partie de ceux que j’ai mis de côté car trop encensés par la blogo et la critique, surtout après avoir eu quelques déceptions sur d’autres du même genre. Mais il est peut être temps que je me décide à lui laisser sa chance…

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