Le goût des mères – Textes choisis et présentés par Michèle Gazier

legoûtdesmères

C’est avec délice que je retrouve la belle collection « Le goût de… ». Après avoir découvert Le goût de la fête, Le goût de la Toscane et le goût de l’été, voici Le goût des mères. Je précise que cette collection compte près de 150 titres. Comme toujours, les textes sont pertinemment choisis, les auteurs classiques et contemporains, français et étrangers se côtoient, les genres et les styles sont variés. Une lecture-promenade, un voyage parmi les mots, une traversée pleine d’émotions.

Ces mères… valeureuses et audacieuses, divines et fières, fragiles et anéanties,  sans-cœur et impérieuses, chéries et vénérées, autant de figures inspirantes pour les écrivains : François Mauriac, Annie Ernaux, Anne Fine, Pétrarque, J.M Coetze, Racine, Nathalie Kuperman, Boualem Sansal, Colette, Marguerite Duras, Claude Simon, Morris et Goscinny, Roland Barthes, François Weyergans, Albert Cohen…

Une anthologie à savourer cet été.

« C’est moi qui devais lui décrire ce qu’elle ne voyait pas. J’étais son messager. Je lui racontais la ville et le lycée (…) je regardais pour deux, je ne devais rien oublier, j’allais chercher les livres qu’elle commandait chez Saliba, je lui faisais essayer trois paires de mules que voulait bien me prêter Fiorentino : c’est pour ma mère vous savez elle ne peut pas sortir en ce moment mais je vous les rapporterai demain c’est promis, elle a les pieds déformés, tous les modèles ne lui vont pas mais je pense qu’avec ce choix, ça ira. Je souriais, mais mes lèvres, sur les côtés, avaient envie de dégringoler, je disais que j’étais pressée, je fuyais avant de finir mes phrases, on pensait que j’étais timide alors que j’avais mal à ma mère. » Aujourd’hui, Colette Fellous (2005)

« Les images d’intimité qu’il garde de son enfance sont aussi rares que précieuses. Par exemple, à cinq, six ans, Jeanne-Marie prend  son café. Il est chargé de déposer le sucre dans sa tasse. Si les petites bulles restent concentrées au milieu, c’est qu’il fera beau ; si elles s’en vont sur les côtés, c’est qu’il va pleuvoir. Ou bien, il a dans l’œil une poussière dont il n’arrive pas à se débarrasser. Elle retire son alliance et s’en sert pour soulever la paupière et nettoyer délicatement l’œil douloureux. Ou encore, avant de sortir pour une soirée, elle apparaît à la porte de la chambre dans une longue robe orange et dit bonsoir à tour de rôle à ses deux garçons qui sont déjà au lit. » L’Horloge de verre, Bernard Pingaud (2011)

« Après sa mort, je dormis pendant quelques mois dans le lit de mon père. Il eût été dangereux de laisser ma mère toute seule. Je ne sais pas comment j’en vins à jouer le rôle d’ange gardien. Elle pleurait beaucoup et je l’écoutais pleurer. Je n’arrivais pas à la consoler, elle était inconsolable. Mais quand elle se levait et allait se poster à la fenêtre, je sautais de mon lit et me postais à côté d’elle. Je la ceinturais de mes bras et ne la lâchais plus. Nous ne parlions pas, ces scènes étaient parfaitement muettes. Je la serrais fort, et si elle avait voulu sauter par la fenêtre, elle n’aurait pu le faire qu’en m’entraînant avec elle. C’était au-dessus de ses forces. Je sentais son corps se relâcher, la tension s’évanouissait et c’est moi qu’elle retrouvait en se détournant de sa résolution désespérée. » Histoire d’une jeunesse, Elias Canetti (1978)

Le goût des mères, anthologie littéraire, textes choisis et présentés par Michèle Gazier, Éditions Mercure de France, Mai 2017 —

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s