Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

jesuistonsoleil

C’est la rentrée au Clapier – le lycée, aux « classes si surpeuplées que l’on se croirait dans un élevage de lapins en batterie »-. Et ce début d’année scolaire est désastreux pour Déborah, dix-sept ans. Elle découvre sa terminale littéraire avec des bottes en caoutchouc vert pomme aux pieds – la faute à Isidore, son chien qui a pour habitude de déchiqueter les chaussures, un labrador obèse puant et répugnant arraché au trottoir par sa mère -. Sa meilleure amie Éloïse ne sera pas avec elle, laquelle est ravie d’être dans la classe d’Erwann – The beau gosse -. Déborah devra se contenter de Jamal alias Mygale-man – un passionné d’arachnides –  et de Tania, la peste de service. Cerise sur le gâteau, elle aperçoit son père dans les bras d’une femme, qui n’est pas sa mère… celle-la même qui passe son temps à découper des magazines d’une manière obsessionnelle. « Le théorème de la scoumoune » a encore frappé… Seul halo de lumière dans cette atmosphère maussade : Victor au carré : un nouvel élève au charme indéniable et Hugo – l’écrivain -, Déborah se plonge dans Les Misérables, roman chaleureusement recommandé par Carrie, sa libraire préférée .

Défile alors l’année singulière d’une jeune fille ordinaire. Des montagnes russes d’émotions où tristesse et joie se frôlent sans cesse  ; des sentiments amoureux, le jeu du cadavre exquis, une amie qui s’éloigne, une mère fragile,  un numéro de téléphone sur un post-it, un père infidèle, Fantine Cosette et Marius, un drame familial évité in extremis, des soirées belles et lumineuses, des matins sombres,  deux garçons adorables et bienveillants, les colères de Lady Legging, le secret des coquillettes, un soleil dans le cœur, le bachotage…

L’éclat de la couverture est à l’image du roman : une histoire vive, un reflet sensible et intelligent de l’adolescence, une héroïne clairvoyante et captivante, des dialogues pétillants. Un roman qui a du relief, surprenant, drôle, émouvant, élégant et tellement moderne. Aucune mièvrerie ici, on est dans la vie même, remuante et bouillonnante.

«  » (…)À ton âge, la majorité des jeunes gens se sentent mal à l’aise dans leur corps qui pousse dans tous les sens. Il les embarrasse, ce corps, et les tiens cherchent à se donner une contenance. (…) Ils farfouillent dans leur téléphone ou s’allument une cigarette! ». (…) Une idiotie. Le portable, ça fait étriqué du cerveau, incapable de profiter de la vraie vie. Quant à l’autre option… j’ai essayé : haleine déplorable et bronches enduites de goudron. Sans parler du bonus teint crayeux. Alors qu’il y a les livres! Quoi de plus sexy qu’un bouquin? Tu poireautes au resto et l’heureux élu est en retard? Pas de téléphone, un livre. Tu attends à la sortie du métro? Un livre. Mystérieuse, lointaine, cultivée… Avec une touche de rouge à lèvres, rien de plus sensuel. »

« Je danse, danse, et danse encore. Les tourbillons me happent et m’aident à oublier. Je me dissous dans les corps qui se balancent et convulsent, dans la lumière tamisée qui brouille les visages. Le désastre familial, mon père qui ne vivra plus jamais sous notre toit, Victor tout près dans les bras d’une autre. Parfois, un oppression m’écrase les poumons et je lutte contre les larmes. Mais je suis balèze à ce petit jeu et je danse plus vite, plus fort. »

« Je reprends Victor Hugo dans une sorte de bouillabaisse personnelle. Je suis transportée mieux que sur un tapis volant, mais je lui en veux. Hugo abuse grave. Il se fout de moi, il m’assassine, il me torture. Il est mort depuis longtemps, et pourtant, par un miracle un peu timbré, il est entré dans ma tête. Quand Marius fait les cent pas devant Cosette sur son banc, je me vois ignorant superbement Victor mais tremblant qu’il ne me remarque pas. Quand Marius pense que les moineaux sautillants se moquent de lui, je le comprends. Quand il fait semblant de lire, incapable de se concentrer parce que Cosette est de l’autre côté de l’allée, je le comprends. Quand il est ébloui, qu’il ne dort pas, qu’il « frémit éperdument », que « les palpitations de son cœur lui troublent la vue », je le comprends. Ou plutôt, Victor Hugo me comprends. Je pleure quand il clame que « s’il n’y avait pas quelqu’un qui aime, le soleil s’éteindrait. » »

« Quand j’étais petite (…) Ma mère m’aidait à installer mon matelas dans leur chambre, on lisait ensemble, et je m’endormais pendant que mes parents continuaient à bouquiner. Parfois, la nuit, je me réveillais et j’écoutais leur respiration. J’étais au cœur de la vie, de l’important, de l’essentiel, protégée, nous étions ensemble, soudés ; c’était magique. »

Je suis ton soleil, roman de Marie Pavlenko, à partir de 14 ans, Flammarion Jeunesse, 464 pages, Mars 2017 —

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16 réflexions sur “Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

  1. Waw, moi qui ne m’intéressais pas du tout à ce roman, tu me donnes super envie de le découvrir , merci ! Surtout pour Victor Hugo, ayant aussi été happée par « Les Misérables » à l’adolescence …

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