L’arbre – des mots et des couleurs

tableau-20265sisley peuplier

« …Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;
Il assaille le ciel, d’un front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu’il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s’arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné…  »

L’arbre d’Emile Verhaeren – Tableau de Sisley

malevitch_printemps

« …Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des autres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!… »

Aux arbres de Victor Hugo – Tableau de Malevitch

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« Tu penches, grand Platane, et te proposes nu,
Blanc comme un jeune Scythe,
Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu
Par la force du site.

Ombre retentissante en qui le même azur
Qui t’emporte, s’apaise,
La noire mère astreint ce pied natal et pur
À qui la fange pèse.

De ton front voyageur les vents ne veulent pas;
La terre tendre et sombre,
Ô Platane, jamais ne laissera d’un pas
S’émerveiller ton ombre!… »

Au platane de Paul Valery – Tableau de Klimt

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« …C’est juste au virage, dans l’épingle à cheveux, au bord de la route. Il y a là un hêtre ; je suis bien persuadé qu’il n’en existe pas de plus beau : c’est l’Apollon-citharède des hêtres. Il n’est pas possible qu’il y ait, dans un autre hêtre, où qu’il soit, une peau plus lisse, de couleur plus belle, une carrure plus exacte, des proportions plus justes, plus de noblesse, de grâce et d’éternelle jeunesse : Apollon exactement, c’est ce qu’on se dit dès qu’on le voit et c’est ce qu’on se redit inlassablement quand on le regarde. Le plus extraordinaire est qu’il puisse être si beau et rester si simple. Il est hors de doute qu’il se connaît et qu’il se juge. Comment tant de justice pourrait-elle être inconsciente? Quand il suffît d’un frisson de bise, d’une mauvaise utilisation de la lumière du soir, d’un porte-à-faux dans l’inclinaison des feuilles pour que la beauté, renversée, ne soit plus du tout étonnante… »

Un roi sans divertissement de Jean Giono – Tableau de Cézanne

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« Les arbres des forêts sont des femmes très belles
Dont l’invisible corps sous l’écorce est vivant.
La plus pure eau du ciel les abreuve, et le vent
En séchant leurs cheveux les couronne d’ombrelles.

Leur front n’est pas chargé de la tour des Cybèles:
L’ombre seule des fleurs sur leur regard mouvant
Retombe, et, le long de leurs bras se poursuivant,
Tournent les lierres verts qu’empourprent les rubelles.

Les arbres des forêts sont des femmes debout
Qui le jour portent l’aigle et la nuit le hibou,
Puis les regardent fuir sur la terre inconnue.

La rapide espérance et le rêve incertain
S’envolent tour à tour de leur épaule nue
Et la captive en pleurs s’enracine au destin. »

                                    Les arbres des forêts de Pierre Louÿs – Tableau de Braque

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« Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !… »

                         La vie profonde d’Anna de Noailles – Tableau de Picasso

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« Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude,
Prestige de mon coeur! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons, une douce tristesse:
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains! Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux!
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles:
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts dans vos abris gardez mes voeux offerts,
A quel amant jamais serez-vous aussi chères?
D’autres vous rediront des amours étrangères;
Moi, de vos charmes seuls j’entretiens vos déserts… »

                                                La forêt de Chateaubriand – Tableau de Pissaro

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« Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre. »

Il était une feuille de Robert Desnos – Tableau de Van Gogh

Vincent van Gogh, Uliveto, giugno 1889

« Mardi 17 septembre
Hier après-midi, je suis tombé amoureux d’un arbre. Il passe ses jours au bord d’une route départementale, à une dizaine de kilomètres d’ici. Son feuillage surplombe une partie de la route. En traversant l’ombre qu’il donne, j’ai levé la tête, regardé ses branches. Comme à l’entrée d’une église, les yeux se portent d’instinct vers la voûte. Son ombre était plus chaude que celle des églises. Une des plus fines expériences de la vie est de cheminer avec quelqu’un dans la nature, parlant de tout et de rien. La conversation retient les promeneurs auprès d’eux-mêmes, et parfois quelque chose du paysage impose le silence, impose sans contraindre. L’apparition de cet arbre a fait surgir en moi un silence de toute beauté. Pendant quelques instants je n’avais plus rien à penser, à dire, à écrire et même, oui, plus rien à vivre. J’étais soulevé à quelques mètres au-dessus du sol, porté comme un enfant dans des bras vert sombre, éclaircis par les taches de rousseur du soleil. Cela a duré quelques secondes et ces secondes ont été longues, si longues qu’un jour après elles durent encore. Je ne retournerai pas voir cet arbre – ou bien dans longtemps. Ce qui a eu lieu hier m’a comblé. Il me semblerait vain d’en vouloir la répétition. Vain et inutile : en une poignée de secondes, cet arbre m’a donné assez de joie pour les vingt années à venir – au moins…. »

Autoportrait au radiateur de Christian Bobin – Tableau de Van Gogh

monet

« …Que j’aimerai danser
Que j’aimerai danser dans tes bras
Au hasard d’une forêt
Au hasard d’une forêt plantée là
Caresser les nervures de l’écorce
Sentir ta matière et ta force
Sous les feuilles en désordre
Toute entière tu m’absorbes
Oh tes ramures sont si souples
Dans leur costume de mousse
Je me sens grandir vers toi
Mais serait-ce toi qui croit en moi
Tes longs bras puissants
Tes grands bras puissants
N’attendent-ils que le soleil
Le vent, la pluie, j’ai froid… »

                                                               L’arbre de Françoiz Breut – Tableau de Monet

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3 réflexions sur “L’arbre – des mots et des couleurs

  1. Les mots de Christian Bobin et d’autres accompagnés de ces tableaux c’est délicat et sensible et donc juste sublime à mes yeux. Merci Nadège. Bises 🙂 🙂

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