Phobie douce – John Corey Whaley

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Voilà trois ans que Solomon – aujourd’hui âgé de seize  – n’a pas franchi le seuil de la maison familiale, effrayé par le monde extérieur. Sa phobie ne l’a plus quitté depuis qu’il s’est retrouvé en caleçon dans la fontaine en face de son collège, suite à une crise de panique. Son angoisse l’avait naturellement emmené vers cette eau, une source d’apaisement pour lui. Évidemment, il y avait eu des sarcasmes à son égard ce jour-là. Des incompréhensions et des moqueries liés à l’ignorance et à la bêtise. Une blessure douloureuse et profonde qui ne s’est jamais refermée.
Ses parents et sa grand-mère, aimants, ouverts  et respectueux le soutiennent. Le parcours « médical » avec les psychologues n’ayant pas fonctionné, ils l’entourent de leur bienveillance à la maison. Un refuge. Un lieu de paix et de silence, enveloppant. Une bulle.
Perspicace inventif et plutôt drôle, pertinent et lucide sur sa condition, Solomon est un jeune homme charmant et attachant. Un fan de la série Star Trek…
Lisa est en terminale. Elle rêve de quitter la ville – et sa famille ! – pour aller étudier dans une illustre faculté de psychologie à Baltimore. L’inscription dans cette école requiert la remise d’un mémoire sur « un cas de désordre psychologique »…   la lycéenne ayant assisté à « l’incident de la fontaine »pense immédiatement à l’agoraphobie de Solomon.
Usant d’astuces et de mensonges, Lisa va entrer dans la vie du jeune homme et devenir son amie. Son objectif est de mettre en place une thérapie pour guérir Solomon de ses angoisses pour remporter une bourse scolaire. Une vraie amitié se tisse entre eux mais l’adolescent, en confiance, se livre entièrement à Lisa qui s’enlise alors dans la dissimulation.

Un roman sensible qui aborde avec justesse les troubles anxieux, l’homosexualité, l’amitié et plus généralement les interrogations les quêtes les désillusions des adolescents. Le rythme est enlevé et l’humour très présent. On ne peut qu’éprouver de l’empathie pour les personnages.

« De toute façon, Solomon n’avait jamais besoin de sortir de la maison. Il avait de la nourriture. Il avait de l’eau. Il pouvait voir les montagnes depuis la fenêtre de sa chambre. Ses parents étaient si occupés qu’il organisait sa vie à la maison à sa guise. Jason et Valérie Reed n’intervenaient pas, parce que finalement céder à leur fils était la seule solution pour qu’il aille mieux. À l’âge de seize ans, il n’avait pas quitté le domicile familial depuis trois années, deux mois et un jour. Il était pâle, assez souvent pieds nus, et allait plutôt bien. »

« Il allait devoir le lui dire. Et ce serait la première fois qu’il prononcerait ces mots. Solomon était gay et en avait pris conscience depuis l’âge de douze ans. Oh, ça n’avait pas été bien compliqué : un jour, il avait tout bonnement constaté qu’il préférait les garçons. À cet âge-là, c’était aussi simple que ça. Il ne se préoccupait pas du jugement qu’on pouvait porter sur lui: vu qu’il n’avait aucune intention de quitter la maison, il n’aurait jamais à évoquer publiquement sa préférence. »

« Je crois que nous faisons tous ça, de temps à autre. Nous laissons certaines personnes disparaître parce qu’elles sont différentes et soulèvent des questions auxquelles nous ne trouvons pas de réponse. »

Phobie douce, roman jeunesse de John Corey Whaley, dès 13 ans, Casterman, 303 pages, Février 2017 —

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