Youth – Paolo Sorrentino

youthPar amitié et habitude, deux octogénaires se rejoignent pour leur séjour annuel, dans un luxueux hôtel siégeant dans les Alpes suisses. Au programme : sauna et massages, marches et contemplations de la nature, réflexions existentielles et disputes ridicules, introspection et études de cas – des clients et du personnel -, rêves, siestes, baignades et soirées festives… Fred Ballinger, chef d’orchestre à la retraite et  Mick Boyle, cinéaste, en plein tournage de son film-testament…

Une grande estime mutuelle lie et rassure les deux hommes, même s’ils ne se disent pas tout – que le positif ! -, ils traversent ensemble la vieillesse – ennemie -. Artiste, créateur, amateur de beau, ils assistent impuissants à la fuite de leur jeunesse et à l’approche de la mort.

Alors qu’un émissaire de la Reine d’Angleterre propose à Fred de reprendre sa place de chef d’orchestre lors d’une souveraine cérémonie – qu’il refuse royalement !, Mick subit une déconvenue de taille : son actrice-fétiche, Brenda Morel, refuse d’apparaître dans son film.

Autour d’eux, cela remue et ça s’agite. Lena – la fille de Fred – est en plein chagrin d’amour, Jimmy Tree un acteur expérimenté est désillusionné par les gens qui le reconnaissent seulement pour un rôle – de robot – qu’il a détesté jouer, un alpiniste hippie, une bande de scénaristes, un ancien footballer sud-américain devenu obèse, un couple étrangement silencieux, Miss Univers, un petit violoniste…

Des courts chapitres comme des saynètes, des descriptions et des dialogues en alternance, les plans-séquences se succèdent et les rôles se jouent. De gros plans intimistes aux plans d’ensemble, l’auteur-réalisateur écrit l’histoire au présent de l’indicatif, au plus près des personnages. Et fait défiler les émotions tendres, drôles et rageuses, et fait courir le temps… la jeunesse évanouie, la beauté, la filiation, l’oubli, le manque, la négligence, la déchéance, l’angoisse de la mort. J’ai beaucoup aimé ce roman, il me tarde désormais de voir le film.

« La première qui vient est la fille. Mick lui explique, pendant que les autres écoutent. « Maintenant, regarde. Tu vois cette montagne en face? » – Oui, elle a l’air tout près. – Exact. C’est ce qu’on voit quand on est jeune. On voit tout très près. Et ça c’est l’avenir. Maintenant viens avec moi. Il la prend par la main et l’invite à regarder dans la longue-vue, mais par l’autre bout. La fille observe les visages de ses jeunes amis qui, dans la lentille inversée, apparaissent très éloignés, bien qu’ils soient à deux mètres d’elle. « C’est ce qu’on voit quand on est vieux. On voit tout très loin. Et ça c’est le passé. La fille est émue. Et elle ne peut pas voir, parce que dans la lentille inversée il est trop loin, que le garçon avec lequel elle se dispute tout le temps est ému lui aussi. Tous restent sans voix. »

« Jimmy est pétrifié. Il murmure : « Mais personne ne l’a vu, ce film! – J’ai beaucoup aimé l’échange de répliques quand ton fils te dit :  » Pourquoi tu n’as jamais été un père? » et que toi tu réponds :  » Je pensais que je n’étais pas à la hauteur. » À ce moment-là, j’ai compris une chose très importante. – Quoi? – Que personne au monde ne se sent à la hauteur. Et que donc il n’y a pas à s’inquiéter. »

« L’autre est surpris. « La prostate? » Vous n’avez jamais eu de problème de prostate. Et si vous n’avez jamais eu de problème, ce n’est sûrement pas maintenant que vous allez commencer. » Fred Ballinger lève les yeux vers le docteur. D’une manière tout à fait inattendue, il sourit. Il dit : » Donc, je suis vieux, mais on ne comprend pas pourquoi je suis vieux. » Le médecin sourit avec un voile de tristesse. » Fred se met à regarder par la fenêtre et aperçoit au loin, dans le jardin, la silhouette de la jeune masseuse, qui en blouse de travail, marche avec vivacité. Elle va, jeune fille, suave et rapide, et il l’observe en suivant sa veine habituelle de mélancolie, pendant que le médecin lui dit : « En somme, vous savez ce qui vous attend, là-dehors? – Non, docteur, quoi? – La jeunesse. »

Youth, roman de Paolo Sorrentino, adaptation fidèle de son propre film, traduit de l’italien par Françoise Brun, Albin Michel, Novembre 2016 —

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8 réflexions sur “Youth – Paolo Sorrentino

  1. Coucou ! je n’ai pas lu le roman ni vu le film mais ça m’intrigue. J’aime bien le cinéma de Sorrentino, je ne savais pas que c’était lui qui avait écrit le livre. Bonne soirée Nadège et merci pour cette jolie note 🙂 🙂

  2. Tu m’intrigues beaucoup avec l’histoire de ces deux vieux amis qui traversent la vie! Je vois que dans le film il y a Michael Caine que j’aime beaucoup dans le rôle de Fred. Merci pour cette belle découverte!
    Bisous

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