Chaque soir à 11 heures – Malika Ferdjoukh

chaquesoirWilhelmina, dix-sept ans, a un prénom improbable, une mère virevoltante arpentant les régions de France à longueur d’année pour débusquer la nouvelle Miss, et un père charmeur artiste sculpteur collectionneur de « Jennifer » (entendez par-là une conquête de vingt ans). Malgré la séparation de ses parents, la jeune fille a trouvé son équilibre entre eux, ses ami(e)s du lycée, ses profs et sa passion pour le saxophone. Se faisant désormais appeler Willa, elle a l’air plutôt bien dans ses baskets même si elle se trouve sans importance, insignifiante, transparente aux yeux des autres.

Loin d’être quelconque pourtant, elle a ébloui le beau Iago, frère de Fran, sa meilleure amie, qui, prépare justement son anniversaire… Une soirée chic dans l’hôtel particulier de leurs parents.

Willa est ravie d’être au côté de Fran pour souffler ses dix-sept bougies mais l’attitude bizarre de Iago son amoureux, la surprend et l’inquiète. Alors que la fête bat son plein, lui est dans sa chambre, seul. Esseulée, elle aussi, Willa va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie et lui donner un supplément d’âme. Elle va faire la connaissance d’Edern Fils-Albern, un étudiant séduisant et fascinant, taiseux et enveloppant…

Alors que Iago prend de plus en plus ses distances, Willa se rapproche d’Edern et de sa famille. Orphelin de père et de mère (morts tous les deux dans des circonstances suspectes), il vit toujours dans la maison parentale avec son grand frère Roch et sa fiancée, sa petite sœur Marni – aveugle et mélomane – et un couple de domestiques. La demeure décrépite, immense et sombre, dégage quelque chose de l’ordre de l’enchantement et du sortilège, à l’image des aiguilles de la pendule qui chaque soir à 11 heures se figent. Des bruits sourds, des souffles et des frôlements s’insinuent alors dans les couloirs, comme si elle respirait.

En entrant dans la vie d’Edern et dans cette maison, Willa s’engouffre dans le passé en remuant ses zones d’ombre. Et manifestement, cela dérange quelqu’un…

Romantique, envoûtant, émouvant, tendre, bizarre, drôle, inquiétant, palpitant et haletant, tour à tour moderne et baroque, parsemé de trouvailles stylistiques de références littéraires et de jeux de mots, ce roman à la frontière de la chronique adolescente et de l’intrigue policière est tout ça. Quant à Willa, elle fait partie de ces personnages qui parviennent à sortir du livre et habitent longtemps l’esprit du lecteur. Et pour réussir ce tour de passe-passe, Malika Ferdjoukh est une magicienne. La Circé de la littérature jeunesse.

« – Pourquoi moi? protestais-je. Je n’ai strictement aucun intérêt! Je suis transparente comme l’eau. – Ça tombe bien… quand on a soif. – Pourquoi tu ne choisis pas une bombasse? Je suis tellement neutre. – J’aime bien la Suisse. – Ma figure n’imprime pas la pellicule! – C’est du numérique. No pellicule! – Je ne retiens jamais les poésies, a fortiori des dialogues. – Y aura aucun dialogue. – Je peux lire le scénario? – Y en a pas. On va faire ça à la Jean-Luc G. – J’ai une voix qui bousille les micros. – C’est muet. Dis donc… t’as peur? »

« – Dans cette maison, tout pousse, tout grandit. Les animaux. Les tuyaux. Les fuites. La poussière. Les mauvaises herbes. Les coquelicots du papier peint. Les poireaux dans le tableau. Tu as remarqué que les coussins avaient davantage de rayures après le thé qu’avant? J’ai souri. »

« Je ne sais pas vous, mais moi, j’aime connaître le titre des livres que les gens lisent, dans le métro, le bus, ou les profs de lycée… J’ai contorsionné mon cou, aussi discrètement que possible (…) L’invitation à la valse ! J’aime tant ce roman. Je ne sais pas vous, mais moi, si j’ai lu et aimé le livre que lit un passant, eh bien ce passant devient un peu mon ami. Tant pis pour lui s’il l’ignore et l’ignorera à vie. »

coeur

Chaque soir à 11 heures, roman de Malika Ferdjoukh, dès 14 ans, Flammarion jeunesse, Collection Émotion, réédition, Octobre 2016 (première parution en 2011) —

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14 réflexions sur “Chaque soir à 11 heures – Malika Ferdjoukh

  1. Malika Ferdjoukh.. c’est une découverte pour moi alors un grand merci car j’aime me plonger dans ces univers. Il y a de très bonnes choses en littérature jeunesse. J’ai lu il y a quelques semaines un ouvrage « quelques minutes après minuit » de Patrick Ness, l’histoire est bouleversante. Tu écris vraiment bien Nadège, c’est agréable à lire ! Bon weekend 🙂 Bises.

    1. Une grande auteure jeunesse que j’aime beaucoup (avec Marie-Aude Murail). J’avais adoré ces « Quatre soeurs ». Oui, la littérature jeunesse est d’une richesse incroyable aujourd’hui, émouvante drôle et intelligente. J’ai entendu parler du roman de Patrick Ness (mais pas lu), il aurait été adapté au cinéma il y a peu… Merci de ton passage ici. bises.

  2. Je ne suis pas étonnée ma Nadège que ce roman te soit un coup de cœur. Une chronique d’adolescence et un (des) personnage(s) fort(s) qui continuent de nous habiter après la lecture. L’histoire me semble fascinante, comment une rencontre bouscule à jamais une vie. C’est le genre de roman que j’adore aussi ❤
    Je t’embrasse

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