La pâtissière de Long Island – Sylvia Lott

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Une lecture charmante et savoureuse lue cet été sous le soleil. L’histoire captivante de l’attachante Marie Wiemkes, une jeune émigrée allemande en Amérique, dont on suit les pérégrinations avec empathie.
Marie vient au monde au début du vingtième siècle, en Frise Orientale – région historique sur les côtes de la Mer de Wadden en Allemagne –. Une contrée faite de marais et de tourbières. D’ailleurs, sa vie durant, son père a trimé pour extraire la tourbe. Quant à sa mère, elle élevait ses quatre enfants et participait également au travail de la tourbe, l’empilant pour la faire sécher. Marie a une enfance humble mais heureuse au milieu d’une famille aimante et soudée. À vingt ans, elle tombe éperdument amoureuse du bel Arthur Meiners, un jeune instituteur qui déplait fortement à son père. Alors promptement, il éloigne sa fille de son amant en l’ « expédiant » aux États-Unis auprès de ses deux frères ainés, propriétaires d’un bistrot à Brooklyn, à la place de son frère cadet Johann – qui restera lui pour toujours sur le sol allemand –.
Nous sommes en 1932. En embarquant sur le paquebot, la jeune femme, le coeur lourd, quitte son amour, sa famille, son pays et emporte avec elle un sentiment de trahison envers Johann. Marie et Arthur se sont jurés un amour éternel malgré la distance.
Après les retrouvailles avec sa famille là-bas, l’apprentissage de la langue, des vagues de nostalgie et le manque envahissant d’Arthur, le travail en usine, la découverte du Nouveau Monde, Marie va devenir une employée du bistrot de ses frères, la délicieuse recette de gâteau au fromage blanc donnée par sa tante avant de quitter la Frise Orientale lui revient en tête… Marie met le dessert à la carte et c’est un succès. Cette pâtisserie a un pouvoir incroyable sur le comportement de ceux qui la goûtent, elle semble adoucir les colères, canaliser les énergies, tempérer les ardeurs et infuser autour d’elle un bien-être. Un destin hors du commun attend Marie.
À l’aube de ses quatre-ving dix ans, Marie a le besoin irrépressible de revoir Johann, son frère resté en Allemagne. Elle le fait venir auprès d’elle et ce dernier arrive avec dans ses bagages sa petite-fille, Rona. Et c’est donc à sa petit-nièce que Marie va dérouler le fil de sa vie. Une vie bien remplie et tourmentée. Rona, en plein désarroi sentimental et professionnel, va l’écouter avec attention et affection et sa propre existence va en être bouleversée.
Une saga familiale prenante, des personnages attachants, un voyage dans l’Histoire, une traversée exquise qui chatouille les papilles.

« Tremblait-elle, au fond d’elle ? Était-elle sûre qu’il était réussi ? Elle me paraissait quand même un peu agitée. Elle observait les invités. Elle semblait crispée, à présent. Le silence s’est fait d’un coup, on n’entendait que le cliquetis des fourchettes à gâteau et des cuillères à dessert, le bruit de la mer, le cri des mouettes… et les premières exclamations de ravissement. Les traits du visage de tante Marie se détendirent, elle nous a adressé un sourire radieux, heureuse. Alors, moi aussi, j’ai pris une bouchée, avec un peu de coulis de fruit. J’ai fermé les yeux. Froid, soyeux et souple. La garniture compacte flattait les papilles et le palais, des arômes crémeux et acidulés s’élevaient, j’ai goûté du citron, une touche d’orange, de vanille. Hummm… Manne divine ! Ensuite, une bouchée de la mince base en pâte brisée. Croquante, croustillante avec de fins arômes de caramel brûlé. Et maintenant, les deux ensemble, avec une fraise fraîche, écrasée en haut du palais et mâchée très lentement. Merveilleux. (…) Une grande sensation d’harmonie s’était répandue aux tables sur la terrasse. Chacun semblait laisser ce moment reposer en lui-même. Personne ne cherchait à faire illusion auprès des autres. J’ai continué à manger avec délice. Une profonde satisfaction m’a emplie. »

La pâtissière de Long Island, roman de Sylvia Lott, traduit de l’allemand par Lorraine Cocquelin, Éditions Piranha, Mai 2016 —

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12 réflexions sur “La pâtissière de Long Island – Sylvia Lott

  1. Tout à fait d’accord, c’est une jolie lecture ! Attention toutefois pour les gourmands : vous pourriez être pris d’une irrésistible envie de manger un cheesecake…

  2. Une belle traversée en effet, et moi qui craque pour le gâteau au fromage, si je lis ce livre j’vais en faire une obsession! 😀
    Gros becs sucrés ma Nadège

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