Premières lignes #14

En ce moment, je lis L’insouciance de Karine Tuil. Un roman sombre, puissant et foisonnant sur l’identité, le racisme, la discrimination, la violence, le pouvoir, la guerre, la religion, les médias… En voici les premières lignes, percutantes :

linsouciance

 » La sélection, cette épreuve. Ils étaient trois, quatre mille, peut-être plus, à briguer un poste de courtier au sein de l’entreprise Cantor Fitzgerald, l’une des plus grandes banques d’investissement américaines. Seuls deux d’entre eux avaient été retenus à l’issue d’une série d’entretiens qui avait duré six mois : l’un français, l’autre américain. Ils avaient reçu un appel, dans la matinée – « Vous avez été choisis… Nous sommes heureux de », etc. Les plus Compétents. Les meilleurs. L’Élite. Ils allaient travailler respectivement aux cent troisième et cent quatrième étage de la tour nord du World Trade Center. Ceux qui n’avaient pas été retenus avaient reçu une lettre brève et formelle par la poste : « Cantor Fitzgerald vous remercie… Nous sommes au regret de … Malgré vos qualités… Bonne chance chez l’un de nos confrères. » Ils étaient alors passés par différentes phases : déception – sentiment d’injustice – amertume – colère – cycle expiatoire de l’échec. les Élus prirent leurs fonctions dans un état d’exaltation hallucinatoire. Un an après, le 11 septembre 2001, aux alentours de neuf heures du matin, deux avions détournés et pilotés par des terroristes appartenant au groupe islamiste Al-Qaïda percutèrent les tours du World Trade Center dans un embrasement de métal. À 10h23, l’Américain se défenestra du cent troisième étage pour échapper aux gaz toxiques. À 10h28, le Français mourut dans l’effondrement des tours. Présenté trois ans plus tard, le rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes s’ouvrait sur ces mots : « Mardi 11 septembre 2001, la température est clémente et le ciel sans nuages sur la côte Est des États-Unis. »

Premières lignes, un rendez-vous  de Malecturothèque

 

Publicités

5 réflexions sur “Premières lignes #14

  1. J’ai encore ces images en tête de cette personne qui s’est jetée dans le vide…
    Quelle colère en lisant la dernière phrase! Trop facile de se fermer les yeux! Il suffit de regarder l’investiture américaine…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s