Premières lignes #13

Voici les premières lignes de Corniche Kennedy, un roman de Maylis de Kerangal que je n’ai pas encore lu mais qui trône en bonne place sur ma pile de livres à lire… Et je viens d’apprendre que le film adapté – par Katell Quillévéré – de son dernier roman Réparer les vivants sera sur les écrans cet automne, j’ai hâte…

Maylis-de-Kerangal-Corniche-Kennedy-240x394 « Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Mamousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d’asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu’elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit – et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la stratosphère. Elle joue comme un seuil magnétique à la marge du continent, zone de contact et non frontière, puisqu’on la sait poreuse, percée de passages et d’escaliers qui montent vers les vieux quartiers, ou descendent sur les rochers. L’observant, on pense à un front déployé que la vie affecte de tous côtés, une ligne de fuite, planétaire, sans extrémités : on y est toujours au milieu de quelque chose, en plein dedans. C’est là que ça se passe et c’est là que nous sommes. Un panneau d’affichage leur sert de repère : derrière le poteau, le parapet révèle une ouverture sur le palier de terre sablonneuse semé de chardons à guêpes et de gros taillis inflammables, lesquels s’écartent à leur tour pour former des passages vers les rochers. On sait qu’ils vont venir quand le printemps est mûr, tendu, juin donc, juin cru et aérien, pas encore les vacances mais le collège qui s’efface, progressivement surexposé à la lumière, et l’après-midi qui dure, dure, qui mange le soir, propulse tout droit au coeur de la nuit noire. Chaque jour il y en a. Les premiers apparaissent aux heures creuses de l’après-midi, puis c’est le gros de la troupe, après la fin des cours. Ils surgissent par trois, par quatre, par petits groupes, bientôt sont une vingtaine qui soudain forment bande, occupent un périmètre, quelques rochers, un bout de rivage, et viennent prendre leur place parmi les autres bandes établies çà et là sur toute la corniche. »

   Premières lignes, un rendez-vous  de Malecturothèque

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12 réflexions sur “Premières lignes #13

  1. Katell Quillévéré, c’est une référence ! J’aime ce qu’elle fait d’habitude. Mais je ne sais pas si j’irai le voir ! Réparer les vivants, c’est surtout, pour moi, une écriture, un style…

  2. Dire que je n’ai toujours pas lu Maylis de Kerangal… 😦
    Tu aurais un premier titre à me suggérer? Il y en a tellement, je ne sais jamais lequel choisir. Réparer les vivants?
    Je t’embrasse

    1. Oh, il faut absolument que tu découvres cette auteure, je pense que tu aimerais son écriture et son univers… Je te conseille Naissance d’un pont et Réparer les vivants. Je t’embrasse.

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