Premières lignes #11

Essai notoire de Daniel Pennac, paru il y a près de 25 ans (déjà!). Comme un roman est surtout connu pour Les droits indescriptibles du lecteur : le droit de ne pas lire, le droit de sauter des pages, le droit de ne pas finir un livre, le droit de relire, le droit de lire n’importe quoi, Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), le droit de lire n’importe où, le droit de grapiller, le droit de lire à haute voix, le droit de nous taire. Ode et désacralisation de la lecture, plaisir d’emprunter des chemins de traverse loin des obligations, goût des mots… malgré des évidences, ce petit livre est un incontournable… En voici les premières lignes :

commeunroman » Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe « aimer »… « rêver »… On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : « Aime-moi! » « Rêve! » « Lis ! mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire! » – Monte dans ta chambre et lis!  Résultat? Néant. Il s’est endormi sur son livre. La fenêtre, tout à coup, lui a paru immensément ouverte sur quelque chose d’enviable. C’est par là qu’il s’est envolé. Pour échapper au livre. Mais c’est un sommeil vigilant : le livre reste ouvert devant lui. Pour peu que nous ouvrions la porte de sa chambre nous le trouverons assis à son bureau, sagement occupé à lire. Mais si nous sommes montés à pas de loup, de la surface de son sommeil il nous aura entendu venir. – Alors, ça te plaît? Il ne nous répondra pas non, ce serait un crime de lèse-majesté. Le livre est sacré, comment peut-on ne pas aimer lire? Non, il nous dira que les descriptions sont trop longues. Rassuré, nous rejoindrons le poste de télévision. Il se peut même que cette réflexion suscite un passionnant débat entre nous et les autres nôtres… – Il trouve les descriptions trop longues. Il faut le comprendre, nous sommes au siècle de l’audiovisuel, évidemment, les romanciers du XIXè avaient tout à décrire… – Ce n’est pas une raison pour le laisser sauter la moitié des pages! … Ne nous fatiguons pas, il s’est endormi. »

  Premières lignes, un rendez-vous  de Malecturothèque

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12 réflexions sur “Premières lignes #11

  1. Comme je me situe plutot du cote de l’injonction au sujet de la lecture, il serait interessant que je lise ce texte, ce contradicteur. Merci. 🙂

    * si nous sommes monteS

  2. J’ai aimé tous les romans de Daniel Pennac que j’ai eu sous la main, Celui-ci ne fait pas exception, j’en garde un très bon souvenir…
    Bises

  3. Un livre de chevet pour moi, que j’ai dévoré, qui m’a beaucoup marquée, et dans lequel je replonge régulièrement, en piochant deci delà. Cet essai a modifié ma manière de présenter la lecture à mes enfants, à mes élèves : le goût de lire se transmet, il ne s’impose pas. C’est en voyant son parent, son enseignant, lire avec un plaisir immense que les enfants peuvent ressentir l’envie d’y plonger. Rien ne sert de forcer, c’est contre-productif, j’en suis persuadée !

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