Purity – Jonathan Franzen

purity
Puissant et foisonnant, Purity est un roman qui sonde l’intime et explore l’universel avec intelligence, audace et humour. On s’accroche aux personnages, à leur parcours, à leur psyché, on traverse avec eux le temps en tout sens, on s’envole pour Berlin, Denver, Oakland, la Bolivie. On tente de déméler les lignes complexes et obscures qui s’entrecroisent sans cesse : les liens filiaux, amicaux, amoureux, les noeuds politiques et sociaux – totalitarisme, corruption, limite de la démocratie –, les tourments de l’Histoire – les réseaux de communication – internet -, les flux d’informations – journalisme –, les méandres de l’esprit – paranoïa, imposture, manipulation, mensonge – , le trouble des sentiments – la honte, la culpabilité –, le labyrinthe du silence et du secret. On se heurte à des murs, emprunte des chemins tortueux, on tombe, on se relève, en quête d’une compréhensibilité, d’une transparence, d’une pureté… glissantes et fuyantes. Sans trêve.
Elle se nomme pourtant ainsi Purity, le personnage central du roman, et a d’ailleurs une aversion pour ce prénom ridicule. La jeune femme se fait appelé Pip – clin d’oeil au héros Dickensien des Grandes espérances –. La vingtaine, elle est téléprospectrice, a un lourd crédit étudiant sur les épaules, vit dans un squat, a peu d’amis. Sa mère, étrange, fantasque et sans le sou, vit dans une bourgade à la montagne, isolée. Elle a élevé Pip seule et aurait quitté le père de celle-ci sans l’informer de sa parternité, aurait changé d’identité et de lieu géographique… Aujourd’hui Purity a un besoin irrépressible de le retrouver mais sa mère demeure silencieuse.
Sa quête va l’emmener en Bolivie auprès d’Andreas Wolf, un lanceur d’alerte, créateur du Sunlight Project, un homme ambiguë et mystérieux – né en Allemagne de l’Est, égocentrique et manipulateur, à la beauté fascinante et à l’esprit envoûtant. Séduit et interessé par Purity, il va lui confier un secret. Un secret qu’il a déjà partagé avec Tom Aberant – devenu aujourd’hui un grand journaliste de la presse d’investigation – des années auparavant… Wolf va justement envoyer Pip en mission au côté du journaliste…
Un roman inracontable mais brillant et passionnant!

« – Il y a l’impératif de garder les secrets, et celui de les faire connaître. Comment sais-tu que tu es un individu distinct des autres ? En gardant certaines choses pour toi. Tu les tiens enfermées en toi parce que, si tu ne le fais pas, il n’y a plus de distinction entre l’intérieur et l’extérieur. C’est même les secrets qui te permettent de savoir que tu as un for intérieur. Un exhibitionniste radical est une personne qui a renoncé à son identité. Mais l’identité au milieu du vide est tout aussi dénué de sens. Tôt ou tard, l’intérieur de toi a besoin d’un témoin. Sinon, tu n’es qu’une vache, un chat, une pierre, un objet du monde prisonnier de son statut d’objet. Pour avoir une identité, tu dois croire que d’autres identités existent également. Tu as besoin de proximité avec d’autres gens. Et comment construit-on la proximité ? En partageant des secrets. »

« – Je crois que je vais mourir en Allemagne. – Tu n’en sais rien, rétorquai-je. Ma tâche est terminée, ici. (…) Denver et moi, on s’est assez vus, je crois. C’est une drôle de chose, une vie, Tom. Les gens parlent de se créer des racines, mais les gens ne sont pas des arbres. Si j’ai des racines, elles ne sont pas ici. »

« Mais elle lui rendit alors un service apparemment providentiel. Elle lui fit acheter un puissant ordinateur pour son propre usage, dont elle lui apprit à profiter pleinement. Ce à quoi il ne manqua pas de s’appliquer. La nuit, il se constituait un réseau de mécontents et de hackers et créait le Sunlight Project ; le jour, tandis qu’Annagret tenait des mains dans son centre communautaire, il regardait des vidéos pornographiques. Ce fut cette dernière activité, plutôt que la première, qui le convainquit de l’intérêt d’Internet et de son potentiel révolutionnaire. La soudaine large disponibilité du porno, l’anonymat de l’accès, l’insignifiance du droit d’auteur, l’instantanéité de la gratification, l’ampleur du monde virtuel à l’intérieur du monde réel, la dispersion mondiale de communautés partageant leurs fichiers, la sensation de maîtrise que procurait le maniement de la souris : Internet allait être un truc énorme surtout pour les faiseurs de lumière. »

Purity, roman de Jonathan Franzen, Éditions de l’Olivier, Mai 2016 —

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8 réflexions sur “Purity – Jonathan Franzen

  1. Une quête qui me semble passionnante. Freedom a l’air d’avoir plu aussi, j’irai voir de plus près pour découvrir cet auteur…
    Je t’embrasse fort ma Nadège

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