Premières lignes #9

Par manque de temps, j’avais délaissé ce joli rendez-vous… mais lorsqu’hier soir j’ai lu les premières lignes du dernier livre de David Bosc, Mourir et puis sauter sur son cheval, j’ai su que je devais vous en faire part tellement c’est beau :

mouriretpuis

« La fille respire dans le combiné qu’elle a éloigné de son oreille. Sa lèvre patine doucement sur la bakélite percée de petits trous, son souffle mouille l’étrange poivrière. Elle défait sur le devant les boutons de sa robe. Il fait chaud, elle a chaud, c’est en elle qu’il fait le plus chaud et cette chaleur, elle essaie de lui donner un passage, une échappée ; elle ouvre la bouche en grand, relève les cheveux qui lui couvraient le front ; elle dégage une épaule, libère un bras, la robe glisse sur la soie de la chemise et du jupon. Elle dégrafe la chemise. La chaleur jaillit du plexus, remonte à la gorge, embrase les joues, gagne les tempes : elle flambe. La fille pousse des deux mains le portillon de bois rougeâtre. Elle remonte son jupon jusqu’au-dessus des seins, puis l’ôte brusquement, par le haut, des deux bras elle l’expulse. La fille est nue, blanche, sur le tapis du hall. De la lumière se prend à la lueur de son dos. Elle appuie son front, ses joues l’une après l’autre, à la boule de pierre bleue de la rampe d’escalier. Le concierge la regarde, sidéré. La fille ne le voit pas.

La fille se lance à l’assaut des marches, un doigts sur la main courante de bois ciré, elle grimpe, elle court sur la pointe des pieds, elle ascensionne, gire et vire sur le premier palier, elle est plus nombreuse que jamais. La fille est nue, elle flambe, elle incendie la cage d’escalier. Sa chevelure comme une queue de renard. Ce sont trois cents renards enflammés que Samson lança dans les moissons des Philistins. Ni les portes ni les plaques de cuivre ni la tristesse des paillassons n’arrêtent son regard : elle le lève au sommet du puits, vers le rond de lumière, et tour à tour plonge dans les fleurs sur le tapis que retient à chaque marche une baguette de cuivre. »

Premières lignes, un rendez-vous  de Malecturothèque

 

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9 réflexions sur “Premières lignes #9

    1. Oui! On ne s’habitue jamais à la puissance des mots, ils nous surprennent toujours et c’est très bien ainsi. Ils nous bousculent, nous remuent, nous émeuvent, nous font sourire, rire et pleurer. Si tu n’as jamais lu David Bosc, je te conseille de découvrir son écriture, c’est divin.

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