La veillée – Virginie Carton

laveillee Le père est mort. Et il n’était pas là. Lui, le fils. Il a quitté la France et vit aujourd’hui en Italie avec sa femme et ses enfants. Trop loin pour le voir s’en aller. Trop de travail pour passer Noël auprès de lui. Son père était bien malade, il le savait mais… même si l’on s’attend, nous enfants, à ce que nos parents meurent, on se défend d’y croire vraiment. Une pensée magique, un instinct de protection. Et puis, quand le parent disparaît, on fait le chemin à l’envers, on laisse entrer les souvenirs bons ou mauvais, on a souvent des regrets, des questions qu’on aurait dû poser, des réponses qu’on attendait tellement, d’autres qui nous auraient sûrement troublés, sidérés, émerveillés, heurtés…
Sébastien, le fils, revient donc dans la maison familiale, dire adieu à son père. Et il appelle Marie, sa grande amie. Une enfance et une adolescence passée à ses côtés, presque toujours. Un lien fort les unit, même au-delà des frontières. Des années qu’ils ne se sont pas vus et pourtant, Marie accourt. Présente, au coeur de l’hiver, dans cette démeure qu’elle connait si bien. Victor, le père, est dans sa chambre. Famille, amis, voisins y entrent tour à tour pour un dernier au revoir. Les heures passent et la maison se vide peu à peu. Soeurs et mère quittent le lieu, elles aussi. Sébastien décide de veiller son père, Marie reste. Les amis se retrouvent ainsi, tous les deux, pour partager ensemble cette nuit funèbre. Les premiers gestes sont maladroits, les mots sont rares, le chagrin et l’angoisse mêlées sont palpables. Faut-il prier, faire silence, méditer ? Peuvent-ils s’autoriser à raconter leur vie, à rire ? Leur amitié est si profonde et sincère que Sébastien et Marie vont vivre une nuit qui les changera l’un et l’autre. La mort, entre eux, ils se livreront comme jamais en levant le voile sur des zones d’ombre, des secrets, des non-dits. Et plus encore lorsqu’un homme venu de Londres, une mystérieuse valise à la main frappera au carreau et racontera son histoire et celle de Victor, son ami. Un air de jazz remplira alors la pièce où le père repose, et emportera Sébastien et Marie de l’autre côté de l’Atlantique…
Une veillée funèbre qui, au petit jour aura fait voler en éclats bien des certitudes et aura réveillé des rêves enfouis. Un huis clos qui commence dans la gravité, se poursuit dans la stupéfaction et coup de théâtre, s’achève sur l’océan face à l’immensité. Plus aucune barrière. Une vie qui danse, une vie pleine de promesses. Et une amitié indestructible et belle. On referme le livre avec au coin des lèvres un sourire, et au bord des yeux une larme.

« Après quelques minutes, ils retrouvèrent un souffle régulier. Ils avaient cligné des yeux plusieurs fois, respiré, bougé un bras, une main, croisé les jambes, les avaient décroisées, constaté que rien ne s’était passé. Alors, petit à petit, ils s’étaient décrispés, avaient échangé deux ou trois sourires tristes, tourné la tête, regardé autour d’eux, commençant par se dégourdir le cou à défaut du reste. Ils admettaient progressivement que la vie avait bel et bien quitté le corps allongé. Le mort n’entendait plus, ne parlait plus, ne réagissait pas. Par quelle absurdité – nul ne le sait – avaient-ils ressenti, durant ces premières, longues et étranges minutes, le besoin de le vérifier ? »

« Garder un secret, ce n’est pas mentir, ce n’est pas vraiment cacher des choses. Il n’y a pas nécessairement une volonté de nuire à l’autre dans le fait de garder un secret. Garder un secret, c’est aussi, parfois, ne pas vouloir abîmer un souvenir. »

« Les frustrations des morts sont de loin les plus encombrantes. Rien ne pourra plus les combler. Elles pèsent à jamais sur nos consciences. »

Épigraphe de l’auteure : les premières lignes de L’Orphelin de Georges Brassens (chanson chantée ici par Maxime Le Forestier) :

« Sauf dans le cas, fréquent, hélas!
Où ce sont de vrais dégueulasses,
On ne devrait perdre jamais
Ses père et mère, bien sûr, mais
À moins d’être un petit malin
Qui meurt avant d’être orphelin,
Ou un infortuné bâtard,
Ça nous pend au nez tôt ou tard. »

Le billet de Clara

La veillée, roman de Virginie Carton, Éditions Stock, Mars 2016 —

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18 réflexions sur “La veillée – Virginie Carton

  1. Ca me paraît un eu bizarre, le coup de l’inconnu qui frappe au carreau en pleine nuit… mais sinon, ce sujet me semble vraiment juste : nos illusions, nos petites lâchetés face à la mort de nos parents…

    1. Si tu as lu ses deux précédents romans, tu verras que celui-ci est plus grave, plus profond mais le style est toujours là avec la musique en fond sonore…

  2. Pas le courage de me plonger dans une veillée funèbre… plongée que je suis déjà dans le boulot, sans vouloir faire de mauvaises comparaisons 😉

  3. Le retour dans la maison familiale après la mort d’un parent devient un sujet très récurent chez auteurs français en ce moment. ça a l’air très bien mais je n’en ferais pas une priorité.

    1. On n’ose pas y croire. On les pense invulnérable. Et puis, on croit tout savoir sur eux alors qu’il y a souvent des zones d’ombre… ce que montre très bien ce livre.

  4. « On fait le chemin à l’envers » – cette phrase à elle seule prend tout son sens dans la force des émotions qu’elle dégage, que c’est beau et fort ma Nadège…

    Je trouve si tendre cette amitié au-delà du temps, ces amis qui se retrouvent pour partager un moment fort de la vie de l’autre ❤

    Il me semble que ce livre doit être très beau…

    1. Une belle amitié homme-femme, un père qui s’en va et qu’on découvre sur un nouveau jour, une jolie plume pleine de tendresse. Vraiment, un beau roman. Bises.

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