Premières lignes #6

En ce dimanche, j’avais envie de parler de Geneviève Brisac et cela pour deux raisons. Si je n’ai encore jamais lu ses romans, j’ai beaucoup aimé sa Marche du cavalier, essai sur la puissance créatrice libératrice, sur l’écriture des écrivaines et l’illégitimité dont certaines sont frappées tentant de lever le voile sur la création sexuée  – Jane Austen, Virginia Woolf, Alice Munro, Grace Paley, Lidia Jorge, Christa Wolf, Natalia Ginsburg, Jean Rhys, Rosetta Loy, Sylvia Townsend Warner, Karen Blixen, Ludmila Oulitskaïa, Flannery O’Connor -, et la beauté de la littérature. Et puis, je voulais évoquer Geneviève Brisac, l’éditrice de romans jeunesse, enfin, celle qui l’a été pendant plusieurs décennies, au coeur d’un débat actuellement sur son départ (volontaire ou pas).  Je vous laisse découvrir le blog La ficelle, si vous ne le connaissez pas encore… sur lequel des auteurs parlent de leur relation avec Geneviève Brisac et de l’arrivée d’Arthur Hubschmidt aux commandes de la collection « romans » et de la nouvelle ligne éditoriale.

marcheducavalier

Premières lignes de la préface :

« J’écris ce livre sous le coup de la colère ou sous le coup du chagrin. J’aimerais pouvoir insister sur la colère. La colère déplace les montagnes et purifie le sang. La colère autorise l’injustice et la mauvaise foi. La colère est photogénique et distrayante. La colère est guerrière, spectaculaire, polémique. La colère s’éteint, chez moi, avant que d’avoir embrasé la moitié de mon coeur. Le chagrin ratatine et assombrit. Je crois à la force des mots. Je doute de la force des mots. La colère les déforme, et le chagrin les noie. J’écris ce livre pour éloigner le chagrin et la colère et revenir aux mots. Nous sommes des êtres de langage. Pourtant les mots – certains disent : la langue -, aujourd’hui, sont atteints d’une étrange maladie, dont les symptômes sont innombrables, et la conséquence essentielle, un affaiblissement profond, une décoloration. »

Premières lignes de l’essai :

« Orgueil et préjugés, le retour!

Un jour, Vladimir Nabokov vendit la mèche :  » J’ai des préjugés contre toutes les femmes écrivains. Elles appartiennent à une autres catégorie. » Pour notre malheur, pour notre tranquillité, par indifférence sans aucun doute, il ne précisa pas laquelle. Trop conscientes de ce que cet état d’esprit est largement répandu, et n’appartient pas, comme on aurait tendance à le prétendre, à quelque préhistoire mysogine, la plupart des écrivains feminini generis, comme disait joliment Hannah Arendt, pour parler d’elle-même – un être humain feminini generis -, récusent l’idée même de littérature féminine. Il y a la littérature, il y a des écrivains, et nous sommes tous égaux devant l’inspiration, la syntaxe, la beauté, l’angoisse et l’écriture. »

Premières lignes, un rendez-vous de Malecturothèque

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9 réflexions sur “Premières lignes #6

  1. Geneviéve Brissac,si je ne confonds pas, a de gros problèmes avec la direction générale de l’Ecole des loisirs dont elle est,était la directrice éditoriale …Delas penchant pour des livres plus formatés …. Bonne journée Gérard

    1. Il y aurait eu des désaccords entre la direction de l’école des loisirs et Geneviève Brisac… espérons que la ligne éditoriale des romans ne soit pas trop modifiée…

  2. La Marche du cavalier sur la puissance créatrice libératrice m’intéresse énormément.
    Je crois comprendre qu’il y a beaucoup de choses entourant le départ de Geneviève Brisac, j’irai jeter un coup d’oeil au blog La ficelle…
    Il m’avait manqué de venir ici ma Nadège.
    Je t’embrasse très fort xx

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