Plus froid que le pôle nord – Roddy Doyle

Plus-froid-que-le-pole-nord-de-Roddy-Doyle-FlammarionDepuis quelques temps, Erin se mure dans sa chambre dublinoise n’écoutant que les pas de son père et les vibrations de la musique rock. Sa rage ne fait que monter crescendo, un trop-plein de fureur qui pourrait déborder et engloutir tout autour si rien ne changeait. Elle ne supporte plus ni Sandra sa belle-mère ni ses deux demi-frères Tom et Johnny. Sa mère a quitté le foyer il y a une éternité, Erin n’était qu’un bébé… Une absence pesante, suffocante de treize années. Un océan entre elles. Dublin-NewYork.
A-t-elle senti le désarroi de sa fille ? Éprouvait-elle elle-même ce besoin impérieux de la voir, la toucher, l’embrasser ? La voilà qui débarque à Dublin, avec l’intention de la rencontrer, enfin.
Si cette inattendue nouvelle chavire le coeur d’Erin oscillant entre joie et colère, elle chamboule également l’esprit de Sandra qui refuse de voir cette femme. Elle décide alors de partir avec ses fils en Laponie finlandaise pour un safari en chiens de traîneau. Que la mère et la fille se retrouvent sur le même chemin de vie, que le père demeure non loin, pilier sage et solide. Qu’elle, Sandra, s’éloigne quelques jours, avec ses fils. Des garçons au sortir de l’enfance, qui se provoquent sans cesse l’un l’autre.
Des grands espaces enneigés au tête-à-tête dublinois, des enfants qui s’interrogent aux parents qui se dévoilent, de l’insouciance à la maturité, du ressentiment à l’apaisement, de querelles en rapprochements, on assiste à leurs craintes légitimes, à l’avancée de leurs réflexions, à leurs espoirs aussi.
Deux histoires s’enchevêtrent, deux échos : l’aventure des deux frères qui affronteront le froid et la peur ensemble à la recherche de leur mère disparue, aimante et protectrice, et la rencontre intime d’une jeune fille avec sa mère qui l’a abandonnée et qui réapparaît.
Plus qu’un roman initiatique, Roddy Doyle évoque avec sensibilité et discernement les liens familiaux, la fuite de l’enfance, les dilemmes, les dangers, en faisant évoluer tour à tour ses personnages dans des paysages majestueux à la beauté stupéfiante et redoutable, dans des huis-clos tendus, dans le silence, dans le bruit, dans l’angoisse, dans l’attente et même dans le regard des huskys.

« Elle n’éprouvait aucune sympathie pour sa mère. Elle n’éprouvait rien. Elle ne la haïssait même pas. Elle haïssait son père, et pourtant elle l’aimait aussi. Elle aimait suivre ses pas dans les vibrations du mur. Elle aimait bien se souvenir de l’époque où elle lui tenait la main, petite. Parfois, elle sentait encore la main de son père dans la sienne. Ça lui plaisait que son père ne change pas, qu’il reste toujours calme, même quand elle lui jetait des choses à la tête et qu’elle hurlait, ou qu’elle rentrait ivre, ramenée par un véhicule de police. Il la regardait toujours de la même façon, comme s’il voulait toujours lui prendre la main. Elle aimait entendre le bruit de sa voiture et savoir qu’il arrivait. Elle savait qu’elle pouvait lui faire du mal, et qu’il ne lui en ferait jamais en retour. »

« Tom se glissa le premier contre sa mère. Il ne poussa personne, et Johnny n’essaya pas de passer devant lui. Tom s’allongea contre sa mère, tout près, le dos collé à sa poitrine. Il le fit très doucement pour ne pas risquer de toucher sa jambe blessée. Elle l’entoura de son bras, et Tom sentit un bonheur comme il n’en avait jamais connu l’envahir. Son oreiller était fait de boue collante et de neige fondue ; c’était une sensation désagréable sur sa joue. Mais ça n’avait aucune importance. Ils avaient sauvé leur mère, et maintenant elle avait passé un bras autour de lui. Elle était redevenue sa mère, et lui était un autre. C’était son impression. Il avait fait quelque chose qui l’avait changé. Sa prouesse le réchauffait, un peu comme un chocolat brûlant, et lui montait aussi à la tête comme une histoire vraiment géniale à raconter encore et encore. La sensation lui plaisait bien. Johnny vient s’asseoir à côté de sa mère, à la hauteur de son visage. Les aiguilles de pin étaient encore sèches. Il avait envie de s’allonger. Et il voulait se blottir contre sa mère. Seulement, il était l’aîné, et ça lui plaisait aussi. Il était heureux d’être le seul à ne pas être couché. »

Plus froid que le pôle nord, roman de Roddy Doyle, dès 12 ans, Collection Tribal, Flammarion Jeunesse, Février 2016 —

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13 réflexions sur “Plus froid que le pôle nord – Roddy Doyle

    1. Un joli cadre qui n’est pas choisi par hasard, le climat y est rude, les paysages à couper le souffle, le silence règne… un endroit parfait pour rapprocher deux frères.

  1. Quelle belle histoire ma Nadège de liens familiaux qui se tissent dans ce paysage enneigé. Un contraste émouvant entre une nature de glace et de froid et la force d’un amour qui cherche à reprendre vie dans toute cette immensité…
    Tes billets sont si beaux, si vrais…
    Je t’embrasse fort, bon weekend xx

  2. Ah, eh bien vois-tu, moi, il m’est tombé des mains. Je l’ai trouvé décousu, et pas très crédible. J’ai du lire même pas une centaine de pages, mais vraiment je n’ai pas été séduite.

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