Premières lignes #3

Ah le franc parler de Zazie, et sa folle épopée dans la capitale escortée par son oncle, le truculent Gabriel ! Elle qui rêvait, en venant passer deux jours à Paris, de prendre le métro n’en verra  pas une rame… Il est en grève! Un souvenir de lecture qu’on ne peut oublier tellement la langue de Queneau est fantaisiste, l’univers décalé, les personnages pittoresques à souhait, et en filigrane ici et là des réflexions philosophiques… À lire et à relire… En voici les premières lignes :

zaziemetro

« Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. Pas possible, ils se nettoient jamais. Dans le journal, on dit qu’il y a pas onze pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bains, ça m’étonne pas, mais on peut se laver sans. Tous ceux-là qui m’entourent, ils doivent pas faire de grands efforts. D’un autre côté, c’est tout de même pas un choix parmi les plus crasseux de Paris. Y a pas de raison. C’est le hasard qui les a réunis. On peut pas supposer que les gens qu’attendent à la gare d’Austerlitz sentent plus mauvais que ceux qu’attendent à la gare de Lyon. Non vraiment, y a pas de raison. Tout de même quelle odeur.
Gabriel extirpa de sa manche une pochette de soie couleur mauve et s’en tamponna le tarin.
– Qu’est-ce qui pue comme ça? dit une bonne femme à voix haute.
Elle pensait pas à elle en disant ça, elle était pas égoïste, elle voulait parler du parfum qui émanait de ce meussieu.
– Ça, ptite mère, répondit Gabriel qui avait de la vitesse dans la répartie, c’est Barbouze, un parfum de chez Fior.
– Ça devrait pas être permis d’empester le monde comme ça, continua la rombière sûre de son bon droit.
– Si je comprends bien, ptite mère, tu crois que ton parfum naturel fait la pige à celui des rosiers. Eh bien, tu te trompes, ptite mère, tu te trompes.
– T’entends ça? dit la bonne femme à un ptit type à côté d’elle, probablement celui qu’avait le droit de la grimper légalement. T’entends comme il me manque de respect, ce gros cochon?
Le ptit type examina le gabarit de Gabriel et se dit c’est un malabar, mais les malabars c’est toujours bon, ça profite jamais de leur force, ça serait lâche de leur part. Tout faraud, il cria :
– Tu pues, eh gorille.
Gabriel soupira. Encore faire appel à la violence. Ça le dégoûtait cette contrainte. Depuis l’hominisation première, ça n’avait jamais arrêté. Mais enfin fallait ce qu’il fallait. C’était pas sa faute à lui, Gabriel, si c’était toujours les faibles qui emmerdaient le monde. »

Pour le plaisir, un extrait du film de Louis Malle, adapté du roman :

Premières lignes, un rendez-vous de Malecturothèque

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6 réflexions sur “Premières lignes #3

  1. Un classique identifiable dès le premier mot…
    Pas de premières lignes pour moi cette fois avec mon carnet de voyage. Je serai au RDV la semaine prochaine.

  2. Un très beau film et un roman adapté que j’ai maintenant envie de découvrir grâce à toi.
    J’adore l’extrait que tu as choisi ❤
    Je t'embrasse fort ma Nadège

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