Nous sommes deux – Marianne Rubinstein

noussommesdeuxEmma et Axel ont la trentaine, frère et soeur, des jumeaux, beaux comme des dieux – enfants, leur mère aimait leur raconter l’histoire de Léto qui mit au monde Artémis et Apollon – ils adorent leur métier – l’une est professeure l’autre chef d’entreprise –, ils sont amoureux et semblent épanouis. Leur âge avançant, ils pensent naturellement au mariage et c’est tout aussi naturellement qu’ils décident de se marier le même jour… une manière de partager ce moment ensemble, une façon de se séparer en douceur. Graver cet instant, symbole de la fin d’une époque et le commencement d’une autre. Une seule fête pour un double mariage ; deux couples et trois familles : Laure Emma Axel et Stéphane Bricourt, Lisa David Hannah et Marc Cohen,  Marie-Hélène Philippine et François de Langles.
Aucune famille ne s’étant encore rencontrée, les célébrations sont prévues l’année suivante. Douze mois pour faire connaissance, se concerter, s’organiser… Douze mois pour douter et s’interroger, se convertir à une religion, faire le deuil d’un frère, être atteint d’une tumeur, tromper sa femme, mentir à son mari, annoncer son homosexualité… Douze mois pour désirer et être désiré, pour pleurer et sourire, pour vieillir et assumer, pour fuir et revenir…
De bilans en remises en question, de chemins tout tracés en bifurcations, de bleus au coeur en corps malades, du poids de la religion au vivre ensemble, de la tradition à la modernité, d’un rang social à un autre, de l’individualisme au partage, chacun – enfants, parents, beaux-parents –, va cheminer durant cette année sur des voies parallèles et accéder – après moults obstacles et réflexions – à l’apaisement.
Et entre chaque chapitre consacré à un personnage, s’égrennent l’enfance et l’adolescence d’Emma et Axel : leur gémellité, la prédominance de l’un sur l’autre, le mensonge, l’envie, la jalousie, la tristesse, la joie, leurs parents, leurs amis, leur place respective…
Un roman choral et intergénérationnel. Un labyrinthe des relations familiales où chaque personnage – et ils sont nombreux – a une épaisseur, une voix, une sensibilité. Une histoire – je devrais plutôt dire des histoires – bien menées. Mon seul bémol serait la multitude de sujets abordés, on frôle parfois le « catalogue ».

« Les jumeaux, à table ! Dis aux jumeaux de venir. Oh non, pas les jumeaux… Toute leur enfance, c’était comme s’ils n’avaient pas eu d’individualité, juste parce qu’ils étaient nés le même jour et avaient partagé le même ventre. Qu’ils aient (parfois, souvent, à la folie, pas du tout) eu envie d’être ensemble était une chose, qu’on les relie systématiquement l’un à l’autre, voilà qui avait étouffé Axel. »

« Laure hoche la tête. Patrick saisit la tondeuse. Elle penche d’abord la nuque et, le regard tourné vers le sol, voit ses cheveux tomber autour de la chaise. Puis elle redresse la tête. Impossible désormais d’échapper à son image. Bon petit soldat, elle sourit à Julia qu’elle voit dans le miroir, mais son sourire grimace, tremble, se déforme. Soudain, elle voit flou. À la jointure des yeux, des larmes se forment et coulent sur ses joues. La perte d’un sein ne fut pas aussi cruelle. Peut-être qu’au-delà de la perte, il y a aussi la honte. Honte d’apparaître dans le dépouillement, la nudité du crâne exposé. »

« Voit-elle le passage à l’acte sexuel comme quelque chose de dangereux, d’inquiétant, à l’image du saut dans un puits. À moins que ce dernier n’évoque plutôt le sexe de l’homme, ou encore le moyen par lequel Alice accède au pays des merveilles – ne qualifie-t-on pas les relations extraconjugales d’aventures ? Dans sa tête, elle passe et repasse toutes les possibilités : et s’il s’avérait que François, découvrant sa nudité, n’ait pas de désir pour elle ? Et si c’était elle qui n’en éprouvait pas (…) »

Les billets d’Anne et Keisha

Nous sommes deux, roman de Marianne Rubinstein, Albin Michel, Janvier 2016 —

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20 réflexions sur “Nous sommes deux – Marianne Rubinstein

    1. Oui, beaucoup de sujets (trop!) sont abordés… mais effectivement, on ne le lâche pas ce roman! La plume est sensible et élégante. Le quotidien, très bien décrit.

  1. Tu nous donnes envie de ce livre où les émotions se bousculent aux générations. Il y a tellement à apprendre des jumeaux, ça ne doit pas toujours être facile d’y trouver sa place…
    Je t’embrasse ma Nadège, bon samedi :-*

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