Te souviens-tu de Wei? – Gwenaëlle Abolivier et Zaü

weiIl y a cent ans en France, dans la Baie de Somme, débarquèrent cent mille hommes de Chine. Wei était l’un d’eux. Il n’avait que vingt ans, le baluchon léger et la tête emplie d’espoir. Misérable paysan dans son pays, il arrivait ici en quête de prospérité. Ses bras, sa force, sa détermination, son courage, voilà ce qu’il pouvait donner en échange. Mais en 1916, la guerre grondait en Europe, sur cette terre tombaient chaque jour de nombreux soldats… et cela, Wei ne le savait pas…
Souvenons-nous de Wei, souvenons-nous de tous ces travailleurs chinois. Abasourdis, déracinés, désillusionnés, ils ont débarqué dans un pays dévasté. S’ils ne se battirent pas sur le front, ils participaient à l’Histoire ; dockers, ouvriers, ils creusaient des tranchées, enterraient les dépouilles des soldats… contraints à l’effort de guerre.
Souvenons-nous de Wei, souvenons-nous de tous ces travailleurs chinois. Aujourd’hui, des centaines de pierres tombales se dressent dans le cimetière de Nolette à Noyelles-sur-mer, autant de jeunes hommes morts durant la Grande Guerre. Certains de ces travailleurs sont restés en France – les premiers immigrants chinois – ils y ont trouvé du travail, fondé leur famille. D’autres sont repartis en Chine, ont retrouvé leur foyer, ont raconté leur histoire ; un pays à feu et à sang, le froid, la faim, la fatigue, la peur, l’horreur…
Souvenons-nous de Wei, souvenons-nous de tous ces travailleurs chinois. Les mots de Gwenaëlle Abolivier résonneront longtemps dans mon esprit, des mots choisis avec soin, des mots simples et percutants, des mots poétiques et sensibles, des mots tristes et beaux. Les illustrations de Zaü se sont imprégnées dans ma tête ; leurs traits noirs appuyés, leurs couleurs terreuses, leurs paysages mouvants – émouvants -, et les visages si « calmes » – comment oublier ces visages… ? – . Quant à la partie documentaire – à la fin de l’ouvrage –, elle apporte les faits, les chiffres, les lieux, les dates, les conditions de vie, un témoignage du passé, une page de l’Histoire.
N’oublions pas Wei, n’oublions pas les travailleurs chinois, gravons-les dans notre mémoire.

« Souviens-toi de cet homme
léger comme un pinceau
et fort comme un roc
Il était parti de Chine
et arrivé en France un beau matin de printemps »

« Souviens-toi
qu’à six lieues des plages
sous de grands cèdres où nichent des tourterelles
sont dressées des stèles blanches
comme autant de dents de lait
de ces jeunes hommes de vingt ans
tombés à la fleur de l’âge »

KODAK Digital Still Camera

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coeur

Te souviens-tu de Wei?, album de Gwenaëlle Abolivier et Zaü, à partir de 8 ans,  Les éditions Hongfei, Avril 2016 —

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6 réflexions sur “Te souviens-tu de Wei? – Gwenaëlle Abolivier et Zaü

  1. Ce livre a l’air d’une vraie pépite d’or. Ton billet est tellement émouvant… Tant de courage pour tant de désillusion. Une histoire triste, une histoire vraie, avec des illustrations dont les traits ont l’air de raconter en soi une histoire… On te sent émue, comment ne pas l’être. Merci pour ce beau billet ma Nadège.
    Gros becs

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