Premières lignes # 1

Dimanche dernier, Ma lecturothèque a lancé un nouveau rendez-vous : Premières lignes. Quelle belle idée de retranscrire les premières lignes d’un roman qu’on a aimé, se replonger dans l’histoire en lisant l’incipit et surtout le partager. C’est donc avec un grand plaisir que je participe à ce rendez-vous dominical.

Le mas Théotime d’Henri Bosco, un livre cher à mon coeur… mon fils Théotime, né en plein été, porte ce prénom gorgé du soleil et des parfums de la Provence…

masthéotime« En Août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante chaleur embrase les champs. Il n’y a rien de mieux à faire que de rester chez soi, au fond de la pénombre, en attendant l’heure du dîner. Ces métairies, que tourmentent les vents d’hiver et que l’été accable, ont été bâties en refuges et, sous leurs murailles massives, on s’abrite tant bien que mal de la fureur des saisons. Depuis dix ans j’habite le mas Théotime. Je le tiens d’un grand oncle qui portait ce nom. Comme il est situé en pleine campagne, la chaleur enveloppe et, du moment que juillet monte, on n’y peut respirer avec plaisir qu’aux premières heures du jour ou bien la nuit. Encore faut-il qu’il passe un peu de brise. Alors on peut se tenir auprès de la source, sous le buis, car c’est là qu’on rencontre un air doux, qui sent l’eau vive et la feuille. J’étais seul et je jouissais de cette solitude qu’exaltait la chaleur environnante. Tous les volets mi-clos, dans la maison, il faisait assez frais. À peine si parfois on entendait le frémissement d’une mouche enivrée par un rai de lumière qui filtrait la fente. Dehors, l’air flambait en colonnes de feu et, du côté de l’aire, entre les meules, montait une odeur de blé et de fournaise. La chaux dont on avait badigeonné le sol battu rayonnait contre le mur bas de la bergerie abandonnée où fermentait la paille chaude. (Les moutons sont depuis deux mois dans les Alpes). De là ne venait aucun bruit, pas plus que de la basse-cour où sommeillaient les bêtes. Le coeur de la maison cependant demeurait frais. Du cellier qui sentait le bois et la futaille émanaient des coulées d’air. Il restait dans cette retraite des réserves d’ombre et de fraîcheur qui s’alimentaient à la nuit et qui, pendant les heures chaudes, m’étaient d’un grand secours. J’estimais à son prix ma solitude, quoique ce fût dimanche ; et je la devais aux vertus de ce jour que je n’aime point. Mais elle couvrait tant d’espace que j’en oubliais la qualité de mélancolie inféconde que donne aux plus belles journées le repos dominical. »

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11 réflexions sur “Premières lignes # 1

  1. Ces rendez-vous sont vraiment une belle initiative.
    Est-ce que tout le monde peut y participer?
    Je note ce livre d’Henri Bosco, parce que ce roman est cher à ton coeur… ❤
    Bisous

      1. Bosco représente tout un univers et on retrouve souvent les personnages de l’un dans l’autre; si je peux te donner un conseil, il te faut lire les deux, mais je préfère l’enfant et la rivière ! Cela me fait souvenir que je n’ai toujours pas lu le jardin d’hyacinthe .
        Bisous et bonne lecture.

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