Pour vous servir – Véronique Mougin

P1060546Françoise et Michel Joyeux étaient d’heureux restaurateurs, lui à la cuisine, elle à la salle. Ils appréciaient leur métier, s’aimaient d’amour tendre, avait un fils qu’ils chérissaient… mais un jour, ils dûrent bien admettre que leur affaire coulait doucement mais sûrement. La déception fut grande mais le couple n’eut pas le temps de s’apitoyer sur son sort. L’argent manquait, il leur fallait très vite retrouver un travail. En parcourant les petites annonces, l’une d’elles attira leur attention : Monsieur et Madame Douglas Mc Linley, des aristocrates anglais, recherchaient une gouvernante et un cuisinier-chauffeur-gardien dans leur château français se trouvant dans le Lubéron, il était précisé qu’un logement de fonction était à disposition des domestiques … Françoise et Michel obtinrent leur place aisément.

Mais Michel n’eut pas son mot à dire dans sa cuisine, et était davantage chauffeur-gardien que cuisinier. Se sentant abaissé, il sombra dans l’alcool. Quant à sa femme, elle accomplissait sa besogne bon an mal an. Leur couple ne résista pas. Michel fit ses valises et prit ses cliques et ses claques. Le personnage de Michel disparaît complètement du roman, ce que j’ai trouvé un peu cavalier de la part de l’auteure… j’ai eu la vague impression qu’il devenait « embarrassant » pour la suite de l’histoire.

Françoise poursuit donc seule son apprentissage de gouvernante chez les « riches », racontant ainsi au lecteur ses « aventures » domestiques sur plusieurs années chez ses différents employeurs – aristocrates, gros industriels, avocat, maîtresse entretenue, vieil héritier grabataire, prince et consorts, une galerie de portraits impressionnants, un condensé de snobisme, d’orgueil démesuré, de stupidité et de bassesses avec parfois une once d’humanité – descriptions de tâches ingrates et récurrentes, des relations souvent chaotiques avec ses patrons, de sa vie privée quasi inexistante, des caprices de ses employeurs qui malgré leurs mépris et autres humiliations réussissent à lui faire tout accepter sans rechigner…

Les journées, les semaines, les années passent à toute allure. Son existence est un gâchis ; pas le temps de rencontrer quelqu’un pour « refaire sa vie », pas le temps de s’occuper de sa mère malade ni de voir son fils grandir… une lueur d’espoir brille fort heureusement au bout d’une vingtaine d’années grâce à celui qui sera  son dernier patron, le bien nommé Monsieur Aimé Paquette…

S’il n’y a rien à redire quant à la construction et au style du roman – à la façon d’un témoignage –, sur la documentation avérée sur le sujet, je n’ai pas éprouvé d’empathie envers Françoise – si elle nous dépeint parfaitement bien les dessous de son métier, je n’ai pas été touchée par elle… je ne sais pas vraiment l’expliquer – En revanche, j’ai beaucoup aimé un personnage secondaire ; le succulent Séraphin Morizet, l’agent de Françoise (en charge de lui trouver des employeurs). Certains passages m’ont fait sourire mais ce « milieu d’ultra-riches » décidément me répugne et m’agace au plus haut point… Je n’ai donc pas pu me plonger complètement dans cette lecture.

 « – Ma pauvre Françoise, nous avons longé une sorte de village de tentes qui grouillait de monde. Les adultes, les enfants, tous s’entassaient les uns sur les autres ! (…)

– Les femmes étaient grasses et assez dépoitraillées mais le pire, c’était les hommes. Ils portaient cette chose, cette pièce en tissu fort molle, ça laissait sortir leurs jambes blanches, c’est affreux cette tenue, le nom m’échappe… Vous savez bien, Françoise !

– Des shorts, Madame ?

– C’est cela.

(…) on n’entendit plus jamais parler d’une éventuelle ouverture du château au public. »

« Longtemps je n’ai pas eu de regrets. C’est l’avantage et l’inconvénient de mon métier : pas le temps de ruminer. On court, on se dépêche, ménage, repassage, service, vite et bien, tâche après tâche, toujours les mêmes, toujours trop nombreuses, toujours recommencées. C’est Madame Mac Linley qui m’a appris à dresser une table dans les règles de l’art. Sortir le fromage à l’avance, choisir la nappe assortie aux fleurs, brancher le chauffe-assiettes. Disposer les couverts adéquats, la bonne porcelaine. Placer la sonnette près de Madame. Aligner le niveau du sel avec celui du poivre. Tout cela prend beaucoup de temps, toute une vie si on n’y prend pas garde. L’autre jour, j’ai observé mes mains : elles étaient froissées. J’ai mis de la crème. Les plis n’ont pas disparus. Nous les gens de maison, la pendule nous rattrape par surprise et nous assomme d’un coup avec son temps compressé. »

« Les riches employeuses ont un pendant naturel à la dramatisation. Épargnées par la plupart des aléas de la vie ordinaire, elles ont perdu ce self-control dont la maîtrise par l’Homo sapiens a permis la survie de l’espèce. Résultat : elles cèdent facilement à la panique lorsqu’un grain de sable vient perturber le déroulement bien lubrifié de leur organisation quotidienne. Chez certaines, particulièrement celles qui ne travaillent pas, le stress est un véritable don, une maladie incurable. Les minuscules péripéties de leur existence prennent des proportions tragiques. Madame doit se rendre chez le médecin et il pleut ? C’est Ulysse tentant désespérement de rejoindre Ithaque, aux prises avec les dieux hostiles Flaques, Brushing Qui Frise et Embouteillages. »

Le billet de Clara

masse_critiqueRoman lu dans le cadre d’une opération Masse Critique Babelio.

Pour vous servir, roman de Véronique Mougin, Flammarion, Mai 2015 —

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