Pardonnable, impardonnable – Valérie Tong Cuong

P1030393Quand Milo, douze ans, chute de vélo, tous les membres de sa famille glissent avec lui. La cascade est aussi rapide que les conséquences sont lourdes. D’emblée, la peur assaille Céleste la mère, Lino le père, Jeanne la grand-mère et Marguerite la tante. Milo, malgré lui, est le noyau de cette petite famille, il en est le centre névralgique, l’élément fédérateur. L’amour que tous lui portent est immense pour des raisons variées propre à chacun. Ce garçon ne sait pas qu’il tient dans ses petites mains un édifice bien fragile.

Quand l’entourage apprend que son pronostic vital n’est plus engagé, la colère surgit. Il faut à tout prix trouver un coupable, pour se délester d’un poids, pour hurler sa rage. La personne qui se trouvait à ses côtés durant l’accident est forcément coupable, ce qui au fond, arrange bien les trois autres. Lino avait demandé à Marguerite d’ aider Milo à faire ses devoirs, alors que faisaient-ils tous les deux sur la route ? Pourquoi la jeune femme a-t-elle failli à ses responsabilités ? Aux yeux de tous, il n’y a pas discussion, c’est de sa faute. La jeune tante porte donc le chapeau, un bouc émissaire parfait. Une cible idéale ; situation qu’elle connait par coeur.

Quand Milo est tombé, il a fait voler en éclats une famille, avec ses tensions contenues, ses secrets enfouis, ses mensonges, ses non-dits, ses désirs amputés, ses tromperies, ses actes odieux refoulés… le glacis se fissure avec violence, dans la souffrance. Chacun s’isole, se referme sur lui-même, les questions affluent, les doutes s’immiscent, la réalité apparaît sur les cendres d’un passé déformé par le temps.

Quand le drame est arrivé, les existences de chacun se sont délitées, les poussant tous à l’introspection. À mesure que Milo progresse dans sa rééducation en voie de guérison, Céleste, Lino, Jeanne et Marguerite cheminent eux aussi sur la voie, non sans douleur, du pardon. Mais, tout est-il pardonnable ? Le mensonge dont ils ont tous usé effrontément a fini par les engluer, les tenant prisonniers. Le mensonge appelant le mensonge, ils avançaient dans la vie, masqués. Mais lorsque l’être que l’on aime le plus au monde n’est plus là pour tenir à bout de bras les faux-semblants, tout se dérobe. La vérité est la seule échappatoire.

Quand la lumière apparaît, elle fait d’abord mal, mais elle a le mérite d’expliquer bien des choses. Et comprendre l’autre – qui il est vraiment, sans fard – n’est-il pas la meilleure façon de pardonner ?

Un roman sur la famille, le pardon, les liens amoureux, maternels et filiaux. Un roman sur l’éclatement d’une famille et sa reconstruction. Un roman qui résonne en nous, forcément.

« On avait ce jeu tous les deux, pardonnable, impardonnable. Tu voles dans mon porte-monnaie : pardonnable. Un hold-up : pardonnable. Tu as commis un homicide involontaire : pardonnable. Un meurtre : pardonnable. Un assassinat, je viendrai te voir en prison ! On cherchait pour quel motif on pourrait bien se laisser tomber, lui et moi, on n’en voyait aucun : tout ce qui pourrait arriver de mauvais ou de contrariant, à l’un comme à l’autre, aurait forcément une explication, sinon une justification. Ce qui est bien, disait Milo en collant son nez dans mon cou, c’est de savoir que quelqu’un sera là pour toi quoi qu’il arrive, qu’au moins une personne au monde ne cessera jamais d’avoir confiance en toi. Ce qui est bien, répondais-je, c’est de savoir qu’une personne au monde, rien qu’une seule, tient à toi pour toujours. Quoi qu’il arrive. »

« Mon coeur battait trop fort, je sentais que j’allais mourir, je voulais mourir, j’avais peur de mourir, je voulais ouvrir une fenêtre et me jeter dans le vide, j’avais peur de m’écraser, je n’arrivais plus à respirer, je ne voulais plus respirer, je voulais sentir éclater ma tête contre les murs, sentir mes os craquer, j’avais peur de mourir, il n’y avait pas de solution, je voulais faire seppuku, j’avais peur des couteaux, je n’y arrivais pas, je ne m’en sortirais pas, je voulais m’arracher les poumons, m’arracher les yeux, j’avais peur, peur, peur, j’étais mal, mal, mal, horriblement mal, je voulais respirer, il y avait une tache en forme de croix qui dansait devant moi, qui s’imprimait au plafond, c’était ma croix, ma condamnation, j’avais peur de mourir, au secours, venez vite, sinon je vais crever ou bien faire quelque chose de grave, de très grave, je l’ai déjà fait vous savez, je suis dangereuse, je ne respire déjà plus, il faut faire vite parce que je ne vais pas tenir. »

Livre reçu en Service de Presse.

Pardonnable, impardonnable, roman de Valérie Tong Cuong, Éditions JCLattès, Janvier 2015 —

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17 réflexions sur “Pardonnable, impardonnable – Valérie Tong Cuong

  1. J’aime bien en général ses romans. J’en ai lu que deux alors peut etre est-il trop tôt pour une généralité mais celui là me tente bien.

      1. Je te conseille  » providence « a un moment ou le moral n’est pas au top top et ca te donne vraiment du baume au Coeur.

  2. Une spirale aussi vieille que la Terre. Le pilier s’écroule, la famille avec. Et tout vole en éclats, sans oublier de chercher un coupable. Une histoire qui saurait me toucher, d’autant plus qu’on y parle d’introspection et de pardon. Il me semble que ce roman doit être infiniment touchant…

    Une auteure que j’ai envie de découvrir depuis un moment. Bises

    1. Oui, le thème est ancestral… je lis cette auteure pour la première fois, j’ai très envie de découvrir ses autres romans et plus particulières L’atelier des miracles, peut-être une prochaine lecture commune ensemble… Bises.

    1. Oui, je comprends. C’est certain qu’il y a une escalade d’évènements et de rebondissements pas toujours vraisemblables (disons que l’auteure a un peu chargé la mule!) mais le fond est juste, c’est ce qui m’a plu dans ce livre.

    1. Je peux comprendre ton appréhension, ce sujet touche forcément, on est tous confronté dans notre vie à ces histoires de famille qui submergent parfois…

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