Le chat qui ne mangeait pas de souris – Carmen Agra Deedy, Randall Wright et Barry Moser

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Skilley un chat de gouttière comme il y en a tant dans les rues de Londres au XIX ème siècle, traine nonchalamment ses pattes de velours du côté du célèbre pub Ye Olde Cheshire Cheese. Qui dit fromage dit souris, n’est-ce pas ? Alors forcément un chat ne peut résister à l’appel d’Henry, l’aubergiste, qui cherche désespéremment un chat vaillant qui saura chasser les souris qui envahissent chaque jour davantage son pub. Evidemment, Skilley accepte la proposition avec joie.

Mais ce chat est un animal bien singulier comme va très rapidement le découvrir Pip, la représentante des souris du Ye Olde Cheschire Cheese, atypique elle aussi puisqu’elle sait lire et écrire. Car Skilley aime autant le fromage que Pip ! Et par conséquent ne trouve pas les souris à son goût, lui le fin gourmet ! Un pacte va donc être conclu entre les deux bêtes ; Skilley fera semblant d’attraper les souris, et en échange celles-ci lui procureront du fromage. Leur accord fonctionne à merveille, et le personnel n’y voit que du feu. Seul un homme s’intéresse à leur petit manège : il s’agit de Charles Dickens, le grand écrivain qui, comme beaucoup de ses confrères (Wilkie Collins, William Makepeace Thackeray, Edwards Buller-Lyton entre autres), fréquente cet endroit avec assiduité, un lieu inspirant sans doute. Chat et souris vont devenir de grands amis mais leur petit arrangement va être mis à mal à l’arrivée fracassante de Pinch dans l’établissement. Cet affreux chat, ennemi juré de Skilley a aussi été embauché par Henry pour se débarasser des souris… mais lui compte bien le faire pour de vrai ! Une autre surprise attend Skilley ; la découverte de Maldwin, un corbeau blessé caché dans les combles… et pas n’importe quel corbeau puisqu’il s’agit d’un corbeau royal de la Tour de Londres, si cher à sa Majesté la Reine Victoria.

Ce roman est un régal. L’écriture est drôle, enlevé et intelligente. Les illustrations « à l’ancienne » qui parsèment le livre sont magnifiques de délicatesse et de tendresse. Les animaux sont malins à souhait, les répliques entre eux fusent, l’amitié est très joliment évoqué, le côté british est craquant, la présence de Dickens est émouvante et charmante, les moments tendres alternent avec d’haletantes poursuites entre chat et souris et les clins d’oeil historiques et littéraires se succèdent pour notre plus grand plaisir. Bref on passe un très bon moment de lecture avec Skilley et les autres.

 

« Skilley frissonna. Les portes. Il s’installa dans un coin pour attendre. Il était arrivé à son rendez-vous une demi-heure en avance. Comment savait-il qu’il était onze heures et demi ? C’est un fait connu que tous les animaux intelligents (sauf ces malheureux humains si facilement distraits) ont un sens inné de l’heure. Ils n’ont pas besoin de chiffres romains ni d’un cadran d’horloge en émail, pas plus que d’un cadran solaire, de tranches pour les heures, de lamelles pour les minutes et d’échardes pour les secondes, pour les informer du mystère qui se trame derrière tout ça. Les animaux ont le sens inné de l’heure dans les os. C’est pour ça que Skilley n’avait pas besoin de montre à gousset pour savoir qu’il était en avance. Toute la journée, il avait combattu une fringale de fromage qui menaçait de le consumer. »

« Les souvenirs amers sont comme des choses cachées derrière des portes fermées, pensa-t-il en arpentant la cave. Des choses cruelles qui secouent les poignées, murmurent votre nom par le trou de la serrure et égratignent le bois avec leurs griffes. Elles veulent être libérées pour faire leur odieuse besogne : nous obliger à nous souvenir de choses qu’il vaudrait mieux oublier. »

« Mais c’est… c’est impossible… c’est … balbutia la reine. Etes-vous en train de suggérer, monsieur, qu’un chat et une souris, des ennemis historiques, peuvent vivre en bonne entente ? – J’ai de grandes espérances, répondit M. Dickens. »

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Livre reçu en Service de Presse.

Le chat qui ne mangeait pas de souris, roman jeunesse (dès 9 ans) écrit par Carmen Agra Deedy et Randall Wright, illustré par Barry Moser et traduit par Marie Hermet, Flammarion, Octobre 2014 —

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11 réflexions sur “Le chat qui ne mangeait pas de souris – Carmen Agra Deedy, Randall Wright et Barry Moser

  1. Vile tentatrice que tu fais !!! 😆 Rhooo, il a tout pour me plaire… Et pourtant je suis phobique de souris et autres rongeurs mais là…c’est magnifique ! Je le note…

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