La soupe américaine – Anaïs Sautier

lasoupe

Comme chaque année pour les vacances de la Pentecôte, Mona et sa petite soeur Elsa -surnommée affectueusement crapule-, s’apprêtent à partir pour Chissou en Bourgogne, connu pour être le repère des fameux escargots. Enfin, avant d’être la cité des gastéropodes, elle est surtout le lieu de vie de Papou et Mamie Lala. Des grands-parents en or que les filles adorent ; mamie a des problèmes cardiaques alors elle est souvent patraque mais Papou parle pour deux, et il radote beaucoup : ses origines grecques, la guerre, les camps, l’exil, son jardin potager et sa fantastique soupe à l’américaine, star incontournable des repas.

D’habitude, leur grand-frère Johnny prend le volant mais il n’habite plus à la maison, il fait des études d’infirmier. Durant le trajet, les parents font leurs ultimes recommandations mais cette fois, ce sont de vrais « commandements » carrément numérotés. Elles ont intérêt à être bien sages sinon l’anniversaire de Mona -14 ans- n’aura pas lieu ! Cette dernière les trouve bien durs, un sentiment bizarre s’empare d’elle… même Papou n’est pas là pour les accueillir, et quand il fait son apparition, il a un air éreinté. Non décidemment, quelque chose se passe…

Et puis voilà qu’un appel téléphonique de Grèce semble affoler toute la maisonnée. Mamie Lala est toute chamboulée quant à Papou, il enrage et veut absolument se rendre sur place. Il dit qu’il n’a pas le temps d’attendre… Des bribes incompréhensibles sont entendues par les filles ; une histoire de frère disparu retrouvé. Et puis Mona tombe par hasard sur une ordonnance adressée à son grand-père…

À 14 ans, la jeune fille sent bien que son enfance est en train de lui échapper. Difficile de fermer les yeux et de se boucher les oreilles… à l’image de ses valises qui lui semblaient avoir rétrécies, Mona doit bien admettre qu’elle a grandi, elle est aujourd’hui à la porte du monde des adultes avec leurs lots de gravité, de secrets et de douleurs. Est-elle prête à affronter ce monde ? À grandir, tout simplement ?

Un très joli roman sur l’enfance qui s’en va et les relations entre les petits-enfants et leurs grands-parents. Une écriture toute en douceur et en drôlerie et des personnages très attachants.

« – Une valise ne peut pas rétrécir. C’est un effet de l’âge ma chérie, tout simplement le contrecoup de ton anniversaire. Ce contenant est une métaphore de la vie. Hier, sans fond et immense, aujourd’hui plus petite et moins impressionnante. Tu as le sentiment que la vie et ses valises rapetissent parce que tu vieillis. Aucun bagage ne sera jamais assez grand pour contenir tout ce dont tu auras besoin. Il va falloir t’y faire. »

« Commandement inaliénable : ne jamais défier ses aïeuls du regard. Ils ont tellement de temps à tuer qu’on finit par baisser la garde et se faire avoir. Papou me fixe. Son regard est embrumé. Mes cils se referment sur mon insoutenable supériorité. Je ne peux pas livrer bataille, je ne peux pas soutenir son regard. J’ai les analyses de sang dans la poche de ma blouse. Les yeux rivés au sol, ma tête pèse une tonne, mon coeur fait des allers et retours entre mon thorax et mes chaussettes. Montagnes russes rouillées dans mon corps. »

« Dans la vie, il faut détester des gens, pour en aimer d’autres. Sinon, tout a le même goût. »

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Livre reçu en Service de Presse.

La soupe américaine, roman (dès 13 ans) d’Anaïs Sautier, Collection Medium, L’école des loisirs, Septembre 2014 —

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13 réflexions sur “La soupe américaine – Anaïs Sautier

  1. J’avoue être tentée surtout à cause de la localisation en Bourgogne… En ce moment, ses lumières dorées et ses feuilles de vignes me manquent un peu 😉

    1. Evidemment, ce roman qui se passe en partie en Bourgogne m’a attirée (je vis en côte d’or et suis originaire de saone et loire) mais je ne connais pas du tout Chissou!! Et je confirme, la lumière est vraiment très belle en ce moment par ici…

  2. Qu’est-ce qu’elle est mignonne la petite sur la page couverture! Pas facile de voir notre enfance nous glisser entre les doigts. On se rend souvent peu compte de ce passage, on le réalise alors que nous sommes plongés dans le monde adulte. Bisous

    1. Je pense que le ressenti est différent d’un ado à l’autre. Tout dépend s’il est entouré, compris, ou pas. De plus en plus de romans traite de ce sujet, je trouve ça formidable… il y a vingt ans, on trouvait peu de livre sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Bises.

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