La Mission de l’artiste – Ferdinand Hodler, édition établie et commentée par N. M. Güdel

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Peintre suisse (1853-1918), Ferdinand Hodler, peu connu en France, a écrit un texte à l’occasion d’une conférence donnée à Fribourg le 12 Mars 1897, dans lequel il exposait les aspects techniques picturaux et développait sa théorie du parallélisme. Dans cet essai, Güdel commente donc dans un premier temps ce manuscrit puis revient plus longuement sur la biographie, le cheminement personnel, les recherches, la quête d’Hodler à travers quelques-unes de ses oeuvres.

Selon Hodler, trois éléments sont essentiels à l’artiste : l’oeil qui contemple, observe, ajuste, la vision est le premier contact : « Ce qui exerce l’oeil, c’est l’observation, c’est de comparer les formes entre elles. C’est examiner l’attitude d’un personnage, sa physionomie, c’est de regarder la couleur des choses et de comparer. Notre oeil se développe à regarder les choses. Il va de soi que c’est le cerveau qui voit et entend. Mais tout à fait indépendamment de cela, l’oeil est un instrument perfectible au double point de vue de la justesse et de l’esthétique. Voir, c’est connaître un objet dans le rapport de ses proportions telles qu’elles apparaissent à notre oeil. Voir, c’est donc connaître. »  ; la raison ensuite permet d’analyser, d’envisager et d’ordonner ; et enfin le coeur qui guide les émotions.

Evidemment, le peintre parle de la forme et de la couleur, de l’importance du contour pour mettre en évidence la profondeur et le relief, le contraste, les associations de teintes et de nuances, leurs intensités : « Le charme des couleurs est surtout dans leurs accords, dans la répétition de nuance d’une même couleur. Les harmonies douces semblent vous pénétrer plus intimement… »

Et pour Hodler la « note dominante » est sans aucun doute le parallélisme qui est selon lui « la cause d’une grande unité ». Le parallélisme se trouve naturellement dans le paysage, il fait partie de « la loi de la nature » ; symétries, répétitions, formes et couleurs identiques regroupées, tout cela crée une harmonie, et de fait, une beauté.

Il est extrêmement difficile de parler d’un livre portant sur l’art et ses concepts. Je vous invite donc à lire ce passionnant essai sur ce peintre – souvent comparé à Rodin, à Puvis de Chavannes ou encore à Klimt – qui mérite qu’on le connaisse davantage.

 

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« Le soir d’automne laisse entrevoir des phénomènes de parallélisme plus complexes que de simples symétries, comme la répétition des feuilles mortes au sol et le jeu entre les bandes horizontales d’ombre et de nuages. À noter dans le travail des feuilles, le recours au pinceau dit à deux poils que Hodler affectionnait pour tracer un contour noir assez fin, et que l’on retrouvera dans une forme de cloisonnisme à la Gauguin (1848-1903) dans le traitement des pierres aux abords des rivières et des lacs. Les pierres ainsi cernées, deviennent les notes d’une partition rythmique et décorative… »

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Extrait du texte original de Ferdinand Hodler

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« Le chant lointain impose sa vérité par sa splendeur et sa majesté. Nous voyons dans ce tableau le résumé de la théorie hodlérienne : dans la symétrie des collines très épurées ; dans la répétition alignée des arbres à l’arrière-plan ; dans la disposition très rangée des touffes d’herbes et des fleurs, qui prennent un aspect décoratif, et, bien entendu, dans la figure, parfaitement symétrique par ses gestes (l’axe est marqué par la fermeture de la robe). La figure rappelle d’ailleurs le symbole de la croix et vient soutenir le titre pour donner à cette oeuvre une dimension métaphysique. »

Livre reçu en Service de Presse.

La Mission de l’artiste, Ferdinand Hodler, édition établie et commentée par Niklaus Manuel Güdel, Editions Notari, Août 2014 —

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8 réflexions sur “La Mission de l’artiste – Ferdinand Hodler, édition établie et commentée par N. M. Güdel

  1. Grand merci pour cette chronique très fouillée ! et bonne journée ,ici à Romans,dame pluie semble folle de colère …. Gerard Calisti

  2. Je ne connaissais pas ce Ferdinand Hodler, mais je suis allée voir sur le net quelque unes de ses toiles, et j’aime! J’en ai appris sur le « parallélisme »  Très intéressant de lire l’extrait du texte original de l’artiste. Ça ajoute une petite touche mystique que je trouve riche. Bisous

    1. Moi non plus je ne connaissais pas ce peintre qui, je trouve, mérite qu’on s’y intéresse. Voir et comprendre l’envers du décor (du tableau!) me passionne. C’est là qu’on se rend compte que l’art demande beaucoup de travail, de réflexion.

    1. Oui, les théories picturales sont passionnantes. J’aime beaucoup comprendre la « mécanique » d’un tableau, ce qu’il y a avant lui… avant sa « conception » dans la tête du peintre.

    1. Une bien belle surprise ce livre, oui! Un peintre avec un cheminement personnel passionnant, sa quête et sa théorie du parallélisme sont vraiment intéressantes. On pose alors un regard différent sur les toiles…

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