La poésie du jeudi avec Théodore de Banville

vignerougeLa vigne rouge, Vincent Van Gogh, 1888, Huile sur toile, Moscou, Musée Pouchkine

« Sans doute elles vivaient, ces grappes mutilées
Qu’une aveugle machine a sans pitié foulées !
Ne souffraient-elles pas lorsque le dur pressoir
A déchiré leur chair du matin jusqu’au soir,
Et lorsque de leur sein, meurtri de flétrissures,
Leur pauvre âme a coulé par ces mille blessures ?
Les ceps luxuriants et le raisin vermeil
Des coteaux, ces beaux fruits que baisait le soleil,
Sur le sol à présent gisent, cadavre infâme
D’où se sont retirés le sourire et la flamme !
Sainte vigne, qu’importe ! à la clarté des cieux
Nous nous enivrerons de ton sang précieux !
Que le cœur du poète et la grappe qu’on souille
Ne soient plus qu’une triste et honteuse dépouille,
Qu’importe, si pour tous, au bruit d’un chant divin,
Ruisselle éblouissant le flot sacré du vin ! »

Le pressoir de Théodore de Banville, poème issue des Cariatides,1842

Lapoesiedujeudi

 Asphodèle : Sur le pressoir de Gaston Couté, Marie et Anne : Automne de Guillaume Apollinaire, Valentyne : Les clochettes de Nérée Beauchemin, Soène : En septembre la mer de Jean Richepin, Jacou33 : Souhait de Fil de Fer de Jehan Rictus, Modrone-Eeguab-Claude : Je vagabonde encore de Kunt Humsu, LylouAnne : Voici que la saison décline de Victor Hugo, Dimdamdom59 : Aller en ville un jour de pluie de Raymond Queneau

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14 réflexions sur “La poésie du jeudi avec Théodore de Banville

  1. On dira que ton poème va totalement à l’opposé de celui d’Asphodèle!!!
    Moi j’ai envie de dire comme Modrone « cadavre exquis » 😉
    Merci pour ton partage.
    Bises amicales.
    Domi.

  2. Comme tu le dis si bien « un traitement différent » que mon « pressoir » de ce jeudi mais comme a dit un autre poète : « qu’importe le flacon ? » … J’aime beaucoup le recueil des Cariatides de Banville, il y a des petites merveilles, merci à toi d’avoir ressorti celui-ci ! Le tableau de Van Gogh est magnifique !!! 🙂

    1. Mon pressoir à moi est terriblement violent alors que le tien est tout en sensualité… je trouve ça intéressant d’ailleurs de lire ses deux textes avec des approches différentes.

  3. Quelle allégorie géniale sur le « le flot sacré du vin ». S’en est presque douloureux d’imaginer cette chair déchirée du matin au soir et ces âmes blessées dans le pressoir! L’image que j’ai trouvée la plus forte, celle qui relie l’humain à la blessure, c’est celle-ci:
    « Que le cœur du poète et la grappe qu’on souille
    Ne soient plus qu’une triste et honteuse dépouille »

    Quel beau poème, fort en images!

    1. J’ai beaucoup aimé ce poème justement pas son approche violente et âpre avec cette personnification de la vigne, du raisin et du vin, et le sang symbole de vie et de mort, de crime, de guerre, de redemption…

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