Cygnes

HodlerLa rade de Genève et le Mont Blanc à l’aube,1918. Genève, Musée d’art et d’histoire. Ferdinand Hodler (1853-1918)

« Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit, rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments. »

Le cygne, René François Sully Prudhomme (1839-1907)

J’ai découvert le peintre suisse Ferdinand Hodler en lisant l’ essai La mission de l’artiste, édition établie et commentée par Niklaus Manuel Güdel. Le billet, bientôt…

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4 réflexions sur “Cygnes

  1. Tu sais comme j’aime la poésie, mais pas toutes les poésies. J’affectionne plus que tout l’alexandrin et celui-ci est vraiment magnifique. Il coule de source, il est paisible, invite à la rêverie, l’évasion, au calme, à la sérénité. Qu’est-ce que c’est beau… Et ces vers-ci, wow| :

    « Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
    Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire. »

    « La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
    Et la source qui pleure un éternel absent »

    On aurait tous voulu écrire une chose si belle! 

    1. Je ne connaissais pas ce poète. Mais quand j’ai lu ses vers, j’ai beaucoup aimé. Il y a une délicatesse, une douceur, une lumière apaisante, c’est effectivement très beau.

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