Soleil couchant

 Coucher de soleil sur La pointe de Trévignon – Finistère – Juillet 2014

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« J’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs,
Soit qu’ils dorent le front des antiques manoirs
Ensevelis dans les feuillages ;
Soit que la brume au loin s’allonge en bancs de feu ;
Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu
A des archipels de nuages.

Oh ! regardez le ciel ! cent nuages mouvants,
Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,
Groupent leurs formes inconnues ;
Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair.
Comme si tout à coup quelque géant de l’air
Tirait son glaive dans les nues.

Le soleil, à travers leurs ombres, brille encor ;
Tantôt fait, à l’égal des larges dômes d’or,
Luire le toit d’une chaumière ;
Ou dispute aux brouillards les vagues horizons ;
Ou découpe, en tombant sur les sombres gazons,
Comme de grands lacs de lumière.

Puis voilà qu’on croit voir, dans le ciel balayé,
Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,
Aux trois rangs de dents acérées ;
Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir ;
Cent nuages ardents luisent sous son flanc noir
Comme des écailles dorées.

Puis se dresse un palais. Puis l’air tremble, et tout fuit.
L’édifice effrayant des nuages détruit
S’écroule en ruines pressées ;
Il jonche au loin le ciel, et ses cônes vermeils
Pendent, la pointe en bas, sur nos têtes, pareils
A des montagnes renversées.

Ces nuages de plomb, d’or, de cuivre, de fer,
Où l’ouragan, la trombe, et la foudre, et l’enfer
Dorment avec de sourds murmures,
C’est Dieu qui les suspend en foule aux cieux profonds,
Comme un guerrier qui pend aux poutres des plafonds
Ses retentissantes armures.

Tout s’en va ! Le soleil, d’en haut précipité,
Comme un globe d’airain qui, rouge, est rejeté
Dans les fournaises remuées,
En tombant sur leurs flots que son choc désunit
Fait en flocons de feu jaillir jusqu’au zénith
L’ardente écume des nuées.

Oh ! contemplez le ciel ! et dès qu’a fui le jour,
En tout temps, en tout lieu, d’un ineffable amour,
Regardez à travers ses voiles ;
Un mystère est au fond de leur grave beauté,
L’hiver, quand ils sont noirs comme un linceul, l’été,
Quand la nuit les brode d’étoiles. »

Soleils couchants, poème issu du recueil Les feuilles d’automne, Victor Hugo

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6 réflexions sur “Soleil couchant

  1. J’ai reconnu V. Hugo dès les premiers vers ! D’autant que je possède une très ancienne édition de ce recueil que je lis souvent ! 😉 Ce poème accompagne à merveille tes fabuleuses photos bretonnes ! Quelle beauté ces soleils qui descendent dans la mer, c’est un peu ça l’éternité non ? 😆

    1. Hugo m’a toujours fasciné, sa poésie, ses romans… quel plume! Ce coucher de soleil a été pris en photo la veille de notre retour, un très beau moment passé en famille. Il y a vraiment quelque chose d’émouvant dans la contemplation d’un coucher de soleil et là c’était un « au revoir » en quelque sorte à cette jolie Bretagne.

  2. Qu’est-ce que j’aime tes couchers de soleil Nadael… Magnifiquement bien accompagnés d’Hugo. Sur mon blog, j’ai une section « couchers de soleil », ouverte à vos soleils. J’aimerais te demander si tu accepterais que je dépose l’un de ceux-ci chez moi, avec ton nom et un lien vers ton blog. Si tu acceptes, je le mettrais à mon retour de camping vendredi soir. Un petit bout de toi chez moi 🙂 Bisous

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