Modèle vivant – Carole Fives

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Cet été-là, celui de ses quinze ans, restera à jamais gravé dans l’esprit et marqué dans le corps de Carole. Une saison qui a illuminé son visage, fait chavirer son coeur, a bouleversé ses pensées et bousculé tout son être. Des sentiments violents envers sa belle-mère à la tendresse des caresses de son amoureux, de la colère rentrée à l’explosion de joie, d’un grand bonheur à la tristesse, une parenthèse radieuse recouverte d’un voile noire.

Les parents de Carole sont divorcés depuis des années, elle vit avec son père « dans le nord » de la France alors que son petit frère habite avec sa mère « dans le sud », à la frontière espagnole.

L’année scolaire arrive à son terme. Il est prévu que la fratrie se retrouve autour du paternel durant quinze jours dans le Loir-et-Cher, histoire de passer du bon temps en visitant quelques châteaux. Si la jeune fille est ravie de partir « en famille », elle compte bien faire changer d’avis son père sur son projet de déménagement et d’installation avec Josiane (la détestable belle-mère de Carole) à la rentrée.

Mais la haine ressentie pour Josiane va passer au second plan lorsqu’elle va faire la connaissance de José, un jeune homme à peine plus âgé qu’elle, un peintre qui n’a pas hésité à quitter le lycée pour se consacrer à son art. Elle le rencontre au bord d’une rivière, esquissant elle-même sur son bloc-notes quelques croquis… elle le regarde, il lui rappelle les tableaux du Caravage, si sombre et pourtant si lumineux… ce clair-obscur la fascine et l’impressionne.

Deux jours après cette rencontre, Carole doit repartir. Finies les vacances. Elle n’est plus la même. L’amour de José l’a transformée. Elle n’a qu’une envie, le revoir…

Un roman tour à tour rayonnant et grave sur l’adolescence, ses confusions et ses joies, sur l’art et la beauté, sur l’amour et la liberté, sur le deuil aussi. On ne peut qu’éprouver de l’empathie pour Carole et José, deux êtres terriblement émouvants et tellement « crédibles ». Roman d’autant plus poignant que l’histoire est en partie autobiographique.

« Je trépigne. Mais ça fait déjà quinze ans que je trépigne. Quinze ans à maudire cette enfance qui n’en finit pas, où les autres décident tout et toujours à votre place, sans jamais vous demander votre avis. L’adolescence est ce long tunnel avec au bout une infime lueur, si fragile, la majorité, l’âge adulte où je me promets de vivre, enfin, comme je l’entends. »

« Au bureau de tabac, au milieu des cartes postales bleu Méditerranée, je trouve une reproduction d’estampe japonaise. Au dos de la carte, de format carré, il est simplement marqué : Mont Fuji par beau temps. Le dessin est signé Katsushika Hokusai. En réalité, le mont Fuji ne figure qu’en arrière-plan, le sujet principal de ce dessin est une vague, une vague énorme qui s’apprête à déferler. Si l’on regarde bien, il y a au pied de la vague deux frêles embarcations avec à leur bord des rameurs, tête baissée : la vague va-t-elle les engloutir ? Elle est belle, puissante, majestueuse. Elle s’apprête à tout balayer sur son passage. J’envoie cette carte à José, sans rien d’autre, aucun mot, pas même une signature. J’espère qu’il comprendra. Que cette vague immense dépeint ce que je ressens pour lui : quelque chose qui me submerge et m’emporte ailleurs, quelque part où je ne suis jamais allée. »

« Quel plus bel endroit pour vivre qu’un atelier ? Comment se sentir mieux entourée ? L’odeur, les couleurs, tout vous rappelle à chaque instant l’essentiel : l’art, l’expression de soi. La vraie vie, en somme. Il est impossible de s’ennuyer dans un tel lieu. Les repas, improvisés sur la table basse au beau milieu des tubes et des pigments, se transforment en pique-niques joyeux et colorés. La journée, pendant que José travaille, je crayonne sur des blocs-notes des croquis, des bouts de texte… tout est inspirant dans ce lieu qui respire la peinture et les nuits blanches, l’art et l’amour. José est mon premier modèle masculin. »

Album jeunesse lu de cette auteure (illustré par Dorothée de Monfreid) : Dans les jupes de maman

Modèle vivant, roman jeunesse dès 12 ans de Carole Fives, couverture illustrée par Rascal, Collection Medium, L’école des loisirs, Mai 2014 —

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10 réflexions sur “Modèle vivant – Carole Fives

  1. J’aime bien me faire suggérer des romans jeunesse, parfois je suis à court d’idées pour captiver mes garçons. Surtout quand on y parle de la vie, avec ses émotions à fleur de peau et ses sentiments vrais, ses bouleversements intérieurs… Merci pour cette belle critique Nadael

    1. Je pense personnellement que l’âge importe peu en amour. On peut aimer passionnément à tout âge. Et l’adolescence est une période où les sentiments sont exacerbés.

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